Joueur professionnel durant 17 ans, Felipe Saad a effectué une transition vers le management sportif en devenant d’abord scout au Stade Malherbe Caen, puis coordinateur technique et Loan manager à l’Olympique de Marseille.
Il nous propose de découvrir sa perspective sur des thèmes comme la gestion des transitions dans une carrière, la place du futsal dans le parcours du joueur brésilien, la nécessité de s’adapter à son environnement, l’intégration et rôle dans un vestiaire ou encore l’importance de mener un double projet.
Chaque dimanche vous recevrez des idées sur l’analyse du jeu, l’entrainement ou encore l’apprentissage.
Qu’est-ce que le football représente pour vous ?
De nombreux souvenirs d’enfance. Il y a une phrase que nous avions l’habitude d’utiliser à Santos lorsque nous jouions sur la plage ou même à l’école et qui résume bien ces souvenirs : « Eu e tu contra o rapa ». En portugais, cela signifie : « Toi et moi contre tout le monde ». Mon père utilisait également souvent cette phrase pour dire : « Nous sommes ensemble, nous allons y arriver, nous allons réussir. »
C’est également les souvenirs du futsal, que j’ai commencé à pratiquer à l’âge de 6 ans, dans un club à côté de chez moi ou encore l’image de ma grand-mère, postée devant le portail du garage de sa maison pour garder les buts. Ce sont peut-être là mes représentations du football les plus enracinées.
D’un point de vue un peu moins romantique, c’est également vers 7 ou 8 ans, que j’ai commencé à déconstruire ces représentations. En effet, entre la fin des années 1980 et aujourd’hui, beaucoup de choses se sont produites durant mon parcours, certaines positives, mais beaucoup d’autres, malheureusement, négatives.
L’importance prise par les aspects économiques, la prépondérance des intérêts politiques et ce qui en découle, ont commencé à affecter ma perception du football. Elle est devenue un peu trop analytique, trop sérieuse. Progressivement, j’ai commencé à perdre un peu ce romantisme initial.
Faites tout pour que vos enfants gardent ce romantisme et cette passion pour le football le plus longtemps possible.
Au début des années 90, le São Paulo FC était le club phare du Brésil. Je dessinais les logos du club sur mes cahiers à l’école, je portais le maillot, j’étais un fervent supporter. L’équipe première était composée de joueurs comme Raí, Cafu, Müller, Ronaldão ou encore Zetti et l’entraîneur était Telê Santana. Ils avaient remporté deux fois de suite la Copa Libertadores, ce qui leur avait permis d’affronter le FC Barcelone et l’AC Milan en finale de Coupe Intercontinentale, qu’ils ont également remportée.
C’est également à cette époque qu’un magasin de suppléments alimentaires est venu me démarcher, car je commençais à très bien jouer au futsal. Ils m’avaient dit : « Felipe, tu as marqué 80 buts en un an. Tu joues dans l’équipe de Robinho, à Portuários – un club de futsal au Brésil – tu commences à donner des interviews à la télévision, alors nous allons te donner cette casquette avec notre logo et tu feras toutes les interviews avec elle. En retour, nous te fournirons quelques produits». J’avais 11 ans.
Aujourd’hui, lorsque des amis dont les enfants ont l’âge que j’avais à l’époque, m’envoient des messages pour avoir des conseils, je leur dis toujours la même chose : faites tout pour que vos enfants gardent ce romantisme et cette passion pour le football le plus longtemps possible.
C’est ce que j’essaie de faire avec mon propre fils. Quand il va au stade, je souhaite qu’il puisse surtout se sentir passionné par ce sport, que cette représentation du football demeure la plus pure, le plus longtemps possible.
Vous avez débuté par le futsal et le football de rue/plage a une place importante au Brésil. Avec le recul, comment situez-vous l’influence de ces pratiques initiales dans votre propre parcours, et plus largement, dans la culture et la formation des joueurs et joueuses ?
Je ne pourrai pas parler du Brésil dans son ensemble, mais je peux en revanche m’exprimer sur São Paulo et Santos, ma ville natale. À Santos, dans les années 80-90, le parcours du jeune joueur passait à 99 % par le futsal. Généralement, c’est entre 11 et 13 ans que la transition vers le football sur grand terrain s’effectuait ou qu’il était pratiqué en complément du futsal. Ce fut mon cas, car j’ai pratiqué les deux en parallèle pendant deux ans, avant d’abandonner le futsal pour me concentrer uniquement sur le football.
J’ai commencé le futsal dans le club de la banque de l’état brésilien (AABB – Associação Atlética Banco do Brasil); puis dans l’équipe de Portuários où, sur les quatre joueurs de champ – le gardien mis à part – trois sont devenus professionnels. Moi-même, Robinho et Bruno Moraes, qui a joué au FC Porto.
À Santos, dans les années 80-90, le parcours du jeune joueur passait à 99 % par le futsal
A Santos, mais aussi à São Paulo, la plupart des joueurs qui sont ensuite devenus professionnels, ont suivi le même chemin. J’ai d’ailleurs eu l’opportunité de jouer contre des joueurs comme Kaká ou Thiago Motta, qui sont nés en 1982 et ont donc un an de plus que moi. Ce parcours était à l’époque extrêmement répandu : tout le monde commençait par le futsal.
Le futsal m’a énormément servi. Il m’a permis de développer cette facilité à orienter mon corps, essayer d’être constamment disponible et toujours vouloir le ballon. C’est un aspect qui a fait partie intégrante de mon jeu une fois professionnel.
Je crois que c’est tout cela que le futsal – et dans une certaine mesure la pratique du football à l’école, plutôt que le « football de rue » dans mon cas – m’a apporté. Parce qu’il est important de relativiser mon expérience du football de rue. Je ne suis pas né dans les favelas et je n’ai pas vécu dans la difficulté quand j’étais enfant.
Les jeunes qui jouent énormément dans les favelas ou dans les quartiers défavorisés ont une culture du football, une culture du combat et de la réaction à l’adversité, qui est extrêmement développée
Je viens d’une famille de classe moyenne, une famille où les deux parents travaillaient (et travaillent toujours, à 71 ans). Ma sœur et moi étions inscrits dans une école privée et nous avions chacun notre chambre dans l’appartement familial. Nos parents travaillaient beaucoup, mais nous vivions dans de bonnes conditions au Brésil.
Les jeunes qui jouent énormément dans les favelas ou dans les quartiers défavorisés ont une culture du football, une culture du combat et de la réaction à l’adversité, qui est extrêmement développée. Pour ma part, j’ai développé cet aspect plus tard, vers l’âge de 13 ou 14 ans, lorsque j’ai intégré le centre de formation du Santos FC.
Vous avez effectué un certain nombre de transitions durant votre carrière. L’une d’elles correspond à votre arrivée à l’Esporte Clube Vitória à Salvador (état de Bahia). Comment avez-vous vécu cette transition, notamment l’éloignement, dans un environnement sans doute très différent de celui que vous connaissiez ? D’un point de vue familial, comment s’est déroulé ce processus de décision ?
En fait, ce que je considère comme ma première transition, c’est lorsque j’ai rejoint le Santos FC, vers l’âge de 12 ans. C’est une transition intéressante parce que lors de ma première année, je m’y sentais bien car j’étais titulaire, capitaine et que j’étais reconnu comme étant “le” joueur de la ville. Par ailleurs, jusque là, je n’avais rencontré que peu d’obstacles durant mon parcours.
Néanmoins, dès l’année suivante, j’ai petit à petit commencé à perdre ma place et j’ai entamé une période vraiment difficile. Cette période est en partie due à un phénomène qui était méconnu, mais qui prenait de plus en plus d’ampleur au Brésil (qui existe aussi en Afrique pour des raisons différentes) : les gatos.
Gatos veut dire « chats » en portugais. Ce terme fait référence aux joueurs qui falsifient leurs documents d’identités (carte d’identité, passeport, etc.) afin de passer pour plus jeune que leur âge réel. A l’époque, les écarts pouvaient être assez importants (jusqu’à 5 ans). J’ai donc vu arriver au club un certain nombre de joueurs censés avoir 14-15 ans – mais qui en avait 19 ou 20 – avec de la moustache et, pour certains, des enfants. Ils étaient beaucoup plus développés physiquement, etc. Cela a rendu ma situation encore plus compliquée.
Encore une fois, il est important de remettre les choses en perspective : le football n’allait pas sauver ma vie, comme cela peut être le cas pour 99 % des jeunes garçons et filles au Brésil. Je n’avais pas cette nécessité intrinsèque. Je n’avais pas besoin d’acheter une maison pour ma mère, ni de sortir ma famille d’une favela.
Jusque là, je n’avais rencontré que peu d’obstacles durant mon parcours. Néanmoins, dès l’année suivante, j’ai petit à petit commencé à perdre ma place et j’ai entamé une période vraiment difficile
Ce fut une période durant laquelle je me suis posé énormément de questions quant à la suite que je devais donner à mon parcours. J’avais un peu perdu ma passion pour le football, mais, une personne qui s’appelle Paulo Paraguaio m’a tendu la main. A l’époque, il était l’entraîneur de la Portuguesa Santista, le « petit » club de Santos.
Il m’a proposé de prendre une licence et de jouer avec eux, ce que j’ai fait pendant près d’un an. Après cette année-là, je me suis retrouvé à un nouveau carrefour : devais-je me concentrer sur mes études ? Poursuivre le football et essayer de devenir professionnel ? C’est à ce moment-là que le club de Vitória da Bahia, qui me connaissait grâce aux tournois que j’avais disputés, m’a invité à faire un essai.
À l’époque, je me suis demandé si en faisant cet essai j’allais retrouver la passion que j’avais pour São Paulo en 92-93. Comme j’aimais le football et que mon père m’y a encouragé, je suis parti faire cet essai qui a été concluant. Le Vitória possédait l’un des trois meilleurs centres de formation du pays, aux côtés de Vasco da Gama et São Paulo.
Néanmoins, cette transition fut très difficile. J’ai quitté ma famille, l’école où j’allais, un environnement où tout était stable et d’autre part, mon choix d’y aller me questionnait beaucoup, car j’étais conscient qu’il est extrêmement difficile de passer professionnel.
Partir pour Vitória semblait être la meilleure décision possible pour atteindre cet objectif, mais j’en ai payé le prix, et ma famille aussi, car quelques mois plus tard, mes parents ont divorcé. Je n’aurai jamais de certitude sur l’incidence qu’a eue cette décision sur leur divorce, mais il est certain qu’elle a eu un impact.
Pour n’importe quelle famille, il est difficile de voir partir son enfant de 15 ans, même si mes parents ont été très présents. Non seulement durant les six premiers mois où ils étaient ensemble, mais même après leur séparation, ils venaient constamment me voir à Salvador de Bahia.
Partir pour Vitória semblait être la meilleure décision possible pour atteindre cet objectif, mais j’en ai payé le prix, et ma famille aussi, car quelques mois plus tard, mes parents ont divorcé.
Il faut également contextualiser cette distance. En France, un déménagement entre Lyon et Marseille représente environ 300 kilomètres. Au Brésil, il y a 2 000 kilomètres entre Santos et Salvador de Bahia. Il n’y avait pas de train et en voiture, cela représente trente heures de route. Le seul moyen était l’avion, un vol de deux heures et demie. Il était donc très difficile de maintenir le lien, d’autant qu’il n’y avait pas les mêmes moyens de communication qu’aujourd’hui.
J’habitais au centre de formation et je passais d’une chambre individuelle, avec mon propre lit, avec air conditionné, à une chambre avec vingt lits superposés et je dormais avec mon portefeuille sous l’oreiller. Dès que j’ouvrais un paquet de biscuits, j’entendais vingt gars arriver pour m’en demander. Je me suis dit : « Waouh ! ». J’étais le petit gars issu de la classe moyenne, et tout le monde voulait en profiter.
Les trois premières années furent vraiment difficiles en termes de conditions de vie, avec 120 joueurs logés sur place. A titre de comparaison, en France, les centres de formation accueillent peut-être trente ou trente-cinq jeunes au maximum.
C’est là bas que j’ai développé des caractéristiques qui sont propres au football de la rue, c’est-à-dire savoir s’adapter et se faire respecter. Je me suis rapidement lié d’amitié avec un autre défenseur central, Joelson, qui m’a fait découvrir des choses que je n’aurais probablement jamais apprises parce qu’elles ne faisaient pas partie de mon quotidien ou de mes nécessités. Grimper aux arbres pour aller chercher des mangues est l’une de ces découvertes.
Donc, en quelques semaines, je suis passé de Portuguesa Santista, où j’étais en train de me dire : « Ça sent la fin, je devrais me consacrer aux études. », à un nouvel environnement qui n’avait rien à voir avec ce que je connaissais.
C’est là bas que j’ai développé des caractéristiques qui sont propres au football de la rue, c’est-à-dire savoir s’adapter et se faire respecter.
Au total, j’ai passé six ans au Vitória da Bahia. Durant mon parcours là-bas, ce dont je suis le plus fier, c’est d’avoir suivi le soir, un cursus en relations publiques à l’université durant 4 ans (deux dernières années à l’académie et deux premières années en pro).
Mes journées étaient composées d’un entraînement le matin et d’un autre l’après-midi avec les U17, U18 ou les U19 du Vitória. C’était la jungle entre joueurs, car, même si tous les défenseurs centraux étaient mes amis proches, chacun convoitait la place de l’autre.
Puis, le soir, je prenais un bus affrété par le club durant une heure pour aller à l’université. À 22h30, le bus me ramenait à la Toca do Leão (« la tanière du Lion »), le nom du centre d’entraînement. Le lion étant le symbole du Vitória da Bahia.
En revenant, l’eau chaude était coupée et la cantine fermée. Parfois, les dames de la cuisine, par attention, me laissaient un sandwich. Mais d’autres fois, elles oubliaient, et je ne pouvais pas manger. Je pouvais compter sur un paquet de biscuits que j’avais laissé dans mon casier, mais il arrivait que celui-ci ait été forcé et je devais donc m’endormir en ayant faim. Un ou deux ans plus tôt, j’étais pourtant dans un appartement confortable à Santos.
J’ai conscience que d’autres ont souffert bien plus que moi pour réussir. Ce que je veux vraiment souligner, c’est que cette période m’a forgé un caractère incroyable. En l’espace de trois ou quatre ans, dans ce contexte, l’apprentissage fut véritablement express.
Aujourd’hui, mes yeux brillent en racontant toutes ces anecdotes, mais à l’époque, j’ai beaucoup pleuré.
Par exemple, Joelson, avec qui j’échange encore aujourd’hui, est devenu maçon. Pourtant, pour moi, c’était le meilleur défenseur que nous avions à l’époque. C’était le plus rapide et le plus malin, même s’il avait un problème de communication (bégaiement), et cela se ressentait dans son jeu, car il était très timide.
Non seulement, c’est lui qui m’a appris à grimper aux arbres pour chercher des mangues, mais aussi, à trafiquer les fils du téléphone public pour passer des appels gratuits vers Santos. Ce sont des apprentissages de la vie qui n’ont pas de prix.
Aujourd’hui, mes yeux brillent en racontant toutes ces anecdotes, mais à l’époque, j’ai beaucoup pleuré. Ma famille me manquait, et je me demandais constamment : « Pourquoi est-ce que je fais ça ? Est-ce que je devrais arrêter et retourner à Santos dans mon école privée et retrouver la climatisation ? » Par moments, c’était vraiment difficile, et je me demandais quel était le sens de cet effort. Finalement, et c’est multifactoriel, tous ces efforts ont été payés, que ce soit en termes de football ou de parcours académique.
C’est à Vitoria que je suis devenu professionnel. J’ai eu ma première opportunité à l’âge de 19 ans, et j’ai disputé deux championnats de Série A. J’ai joué aux côtés de joueurs comme Vampeta et Edílson. Ce dernier est moins connu en Europe, mais il a été champion du monde avec le Brésil en 2002. Ensuite, mes prêts successifs, notamment à Botafogo et Paysandu, m’ont apporté d’autres formes d’expérience.
Votre parcours illustre bien à quel point devenir footballeur professionnel est exigeant, que l’atteinte du haut niveau est multifactorielle et que la trajectoire est non linéaire.
Pour illustrer le caractère multifactoriel de la réussite, il y a deux anecdotes qui me viennent à l’esprit. J’ai joué mon premier match professionnel en Coupe du Nordeste contre le Sergipe, un club situé dans une région éloignée du nord-est brésilien. J’ai participé à ce match après seulement une semaine d’entraînement avec le groupe professionnel.
Au lendemain de ce match, je m’apprête à prendre mes affaires pour retourner avec l’équipe U20 et je croise alors un attaquant, Nádson, sur le chemin qui relie le centre de formation au stade et au vestiaire des professionnels.
Il me voit monter et il me dit : « Felipe, tu vas où ? » Je lui réponds que je vais m’entraîner avec les U20. Il me dit : « Tu es entré 25 minutes hier avec les pro, tu t’entraines avec les pros maintenant». Moi, personne ne m’avait rien dit donc j’allais tout simplement retourner au centre de formation pour m’entrainer.
À 19 ans, je n’avais pas encore le vice de me dire “il faut que je m’engouffre dans la brèche”. C’est donc ce joueur qui m’a pris avec lui et m’a forcé la main. Résultat, je ne suis plus jamais redescendu en U20. Tout cela se joue à rien.
L’autre anecdote, c’est que je partageais une chambre avec quelques autres joueurs et un jour, nous étions mort de fatigue après l’entraînement du matin et nous regardions des telenovelas. Nous avions entendu dire que nous participerions peut-être à un autre entraînement, le jour même, avec les professionnels, mais nous ne savions pas si quelqu’un allait venir nous chercher pour y aller et quel type de session ce serait.
Je ne sais plus qui, mais à un moment donné, un joueur a suggéré que dans le doute, il valait mieux y aller et moi j’ai simplement suivi le mouvement. Je me souviens que l’un de nos coéquipiers avait répondu qu’il était trop fatigué et qu’il préférait ne pas y aller. C’est le seul de mes camarades de chambre qui n’est pas passé pro.
Évidemment, ce n’est pas uniquement pour cette raison qu’il n’est pas passé professionnel. Mais c’est un exemple qui, pour moi, illustre bien à quel point cela se joue sur les efforts du quotidien et ce genre de petits moments. L’enjeu est là. C’est la somme de tous ces éléments mis bout à bout qui fait que les choses arrivent, ou n’arrivent pas.
Après vos prêts successifs à Paysandu et Botafogo, vous arrivez en France, à l’En Avant de Guingamp. Comment s’est déroulée cette transition vers un nouveau pays, même si le Brésil est lui-même un pays gigantesque, comportant des différences culturelles importantes selon les Etats ? Quel a été l’impact d’un tel changement – notamment l’éloignement, la barrière de la langue et les conditions climatiques – sur votre intégration ?
Pour resituer un peu cette transition, il faut savoir que six ou sept mois avant d’arriver à Guingamp, je jouais à Botafogo, en Série A brésilienne, devant 80 000 personnes au Maracanã. J’habitais à Rio de Janeiro, donc une très grande ville.
Guingamp compte 7000 habitants. Lorsque je suis arrivé à la gare, Joël Morice, un bénévole du club, est venu m’accueillir. Je lui ai demandé où se situait l’hôtel, et il m’a répondu : «C’est juste là, en face, il faut traverser la rue». Donc le contraste a été immédiat.
Mon passage à Guingamp a, avant tout, été une histoire de personnes. Je suis très attaché aux gens. Il y a par exemple eu Aimé Dagorn, qui était, dans un passé récent, le président de la communauté de communes et qui était proche du président Noël Le Graët.
Aimé et Joël ont été comme deux figures paternelles qui m’ont pris sous leur aile. Ma famille m’a également très rapidement rejoint, notamment ma mère, qui est venue dès le mois de septembre, alors que j’avais signé en juillet-août. Malgré la barrière de la langue, ils m’ont énormément aidé pour des aspects cruciaux de l’intégration, tels que la recherche d’appartement, l’ouverture d’un compte bancaire ou encore la visite de l’Île-de-Bréhat !
Ce sont des démarches auxquelles on ne pense pas quand on est un footballeur expatrié. Par ailleurs, en 2007, l’accompagnement des joueurs n’était pas le même qu’aujourd’hui. Maintenant, il existe des services de Player Care, les agents sont ultra-présents, il y a un entourage spécialisé, sans parler des outils technologiques. À l’époque, nous n’avions rien de tout cela.
Mon passage à Guingamp a, avant tout, été une histoire de personnes. Je suis très attaché aux gens.
La présence de deux lusophones dans l’effectif m’a également beaucoup aidé pour la traduction au quotidien : Eduardo, qui était brésilien et Steven Pinto-Borges, qui est franco-portugais. D’autre part, notre entraîneur, Patrick Rémy, était un fan absolu de l’équipe du Brésil de 1982, ce qui a facilité mon intégration. Je pense même que cela a été l’une des raisons principales de ma signature.
Je suis arrivé au club avec le statut de quatrième défenseur central de l’effectif. À l’époque, il y avait des joueurs comme Steven Pelé, ou Nicolas Savinaud. Bien qu’en fin de carrière, Nicolas était venu pour encadrer l’équipe. C’était plutôt un milieu défensif à l’origine et il avait rejoint Guingamp pour évoluer en défense centrale. Il y avait des joueurs beaucoup plus confirmés et établis dans le championnat français que moi. J’étais juste un Brésilien de 23 ans, qui avait dû faire un essai durant deux semaines pour arriver là.
Je ne sais plus si c’est à la suite d’une blessure de Nicolas ou Steven, mais j’ai disputé mon premier match face à Troyes. Très rapidement, j’ai commencé à devenir un joueur important, une sorte de chouchou des supporters. J’ai passé trois ans à Guingamp (2007-2010). J’y ai remporté un titre en Coupe de France, disputé de nombreux matchs, et j’ai développé un attachement profond aux gens et à la ville. Ces années ont été riches en apprentissages.
Une autre personne a été très importante pour moi durant cette période, c’est Fernanda, ma professeure de français. Elle était très exigeante. Comme elle parlait portugais, elle a imposé un ultimatum en me disant : « Écoute, jusqu’au 30 septembre, nous pouvons parler portugais. Mais à partir de cette date, tu ne pourras plus parler qu’en français avec moi durant nos cours».
A sa demande, un an après, je me suis inscrit au DALF (Diplôme Approfondi de Langue Française) à l’Université de Bretagne Occidentale à Brest. C’est un diplôme de niveau C1 sur la grille européenne. Comme mes quatre années d’études supérieures au Vitória da Bahia, cette réussite me rend extrêmement fier.
Malgré que j’ai été champion Carioca avec Botafogo, que j’ai gagné la Coupe de France, je l’inclus parmi mes plus grandes victoires personnelles. Même si Fernanda a sa part de responsabilité dans cette réussite, c’est avant tout une fierté individuelle d’avoir validé un diplôme tout en étant footballeur. Cela demande beaucoup d’investissement intellectuel, de temps et d’énergie, sans compter la fatigue due aux matchs et aux entraînements.
Pour Jean-Francis Gréhaigne, le concept de réseau de compétences est fondamental pour appréhender la performance collective. Pour lui, cette dernière est fortement influencée par la manière dont les individus s’intègrent et se relient au sein d’un système. C’est un double flux : il y a l’intégration d’une personne à l’équipe et l’intégration de cette personne par l’équipe. C’est à travers cette dynamique collective que l’individu se voit attribuer une importance plus ou moins grande. Quelle est votre expérience de cette dynamique de double intégration – à l’équipe et par l’équipe, au groupe et par le groupe ?
Je vais de nouveau utiliser un exemple pour illustrer cette idée. Il y a quelque temps, j’échangeais avec Quentin Westberg à propos de la période durant laquelle nous avons joué ensemble à Évian Thonon Gaillard (ETG). A l’époque, ETG venait d’être créé et il n’y avait pas encore une forte culture.
Quentin se souvenait qu’à son arrivée, après l’un de ses premiers entraînements, il était assis dans le vestiaire, un peu perdu, ne sachant pas trop où se situer et que j’étais venu le voir en lui disant : “Alors, bien installé ?”.
Je crois que l’empathie est l’une des clés de cette double intégration
Pour moi, c’était une question anodine parce que j’avais vécu une situation comparable à mon arrivée, mais pour lui ça a été quelque chose d’important. Pourquoi ? Parce qu’à ce moment-là, je me suis intéressé à lui. En ce sens, je crois que l’empathie est l’une des clés de cette double intégration que vous évoquez.
D’autre part, je pense que connaître son rôle au sein du groupe est un autre aspect important. Par exemple, en début de saison, un certain nombre d’entraîneurs que j’ai eu sont venus me voir en me disant: « Cette saison, tu vas être mon capitaine, tu vas taper du poing sur la table à la mi-temps. Tu es expérimenté, tu es Brésilien, tu sais parler aux gens». J’ai souvent décliné, parce ce n’était pas moi.
Je ne me considérais pas comme le donneur de leçons, mais plutôt comme l’assistant social de l’équipe. Par exemple, si un des attaquants traversait une mauvaise passe, qu’il avait passé quelques matchs sans marquer, je lui disais « Tu veux qu’on aille manger un morceau ? Je t’invite” ou alors “ne t’en fais pas, ça va rentrer. T’es fou, regarde tes statistiques de l’année dernière”. En fait, je voulais le soutenir, même s’il ne jouait pas.
Connaître son rôle au sein du groupe est un autre aspect important
C’est là que ce phénomène d’intégration à l’équipe et par l’équipe est intéressant, car je ne faisais pas cela pour mon propre bénéfice ou pour me sentir mieux, car je n’avais rien à y gagner. Je le faisais par empathie, parce que je souhaitais qu’il marque à nouveau, mais surtout pour l’équipe, parce qu’il fallait veiller à ce que tout le monde se sente bien.
En substance, j’aimais me sentir utile dans l’ombre. En donnant des leçons au groupe, en tapant du poing sur la table, j’aurais ressenti un manque de légitimité et de crédibilité. Cela n’aurait pas été quelque chose de naturel pour moi. Donc c’était ma façon, non seulement de m’intégrer au groupe, mais aussi que le groupe m’intègre à travers la confiance qu’il pouvait me témoigner. Cela correspondait à ma personnalité, j’avais un esprit de lieutenant, pas de commandant.
Justement, en 2015, dans le journal L’Alsace, vous disiez : «Je ne me vois pas donner des conseils. Les entraîneurs me le reprochent. Mais dans un vestiaire, on a besoin de tout : d’un clown, d’un vieux sage, d’un organisateur de parties de poker… Moi, je suis dans mon rôle quand je rassure le gars qui est au placard ou quand j’envoie un texto tous les deux-trois jours au mec blessé pour savoir comment il va. Ce rôle-là est trop négligé”. Alors, pour vous, quelle est l’importance d’avoir des rôles qui sont définis dans un vestiaire ?
La première question qui me vient à l’esprit, c’est : défini par qui et communiqué comment ? Je pense qu’il est essentiel de bien connaître le niveau d’acceptation de chaque individu. Durant ma carrière, j’ai connu beaucoup de clubs, j’ai vécu dans de nombreux groupes et je sais que, dans chaque collectif, le fait d’établir des rôles précis et de les communiquer aurait été perçu différemment.
Par exemple, lorsque j’ai rejoint Strasbourg en 2015, le club évoluait en National. C’était un groupe qui avait été bâti pour être champion de National et monter en Ligue 2, mais 70% des joueurs venaient du monde amateur.
Deux ans plus tard, j’arrive à Lorient dans un groupe dont l’entraîneur était le recordman d’apparitions en Ligue 1, Mickaël Landreau. C’était un club qui avait connu une dizaines d’années consécutives en Ligue 1, il y avait l’héritage de Christian Gourcuff et une structure très établie. Leur centre d’entraînement était, et est toujours, le meilleur que j’ai vu de ma carrière.
J’ai vécu dans de nombreux groupes et je sais que, dans chaque collectif, le fait d’établir des rôles précis et de les communiquer aurait été perçu différemment.
L’effectif était composé de joueurs étiquetés Ligue 1, avec les salaires et les égos qui vont avec. Il y avait d’ailleurs des joueurs qui n’avaient jamais mis les pieds en Ligue 2. Avec ce type de groupe là, à mon avis, si un coach arrive avec une idée préconçue en début de saison, qu’il fait une réunion en annonçant: « Voilà, cette année, nous allons faire ci et ça », ça risque de coincer.
Certains vont être réfractaires et dire : « Attendez, je n’ai jamais vu ça. J’ai joué dix ans en Ligue 1. À quoi cela va-t-il servir ? ». Dans le milieu du football, on fait souvent face à différents niveaux de réticence de la part des athlètes. Malgré tout, les groupes sont quand même très hétérogènes et certains joueurs seront plus ouverts, comme je l’étais.
Dans un club, les joueurs ont différents backgrounds : il y a des étrangers, différentes religions, des célibataires et des joueurs ayant quatre enfants. Ils ont tous des histoires différentes. Pour cela, je pense qu’un premier temps d’observation est nécessaire pour comprendre la situation, pour savoir comment opérer cette répartition des rôles et, surtout, comment communiquer.
C’est une approche très intéressante lorsqu’on a une vision à long terme et qu’il y a de la stabilité
Car les méthodes de communication doivent être diverses. On ne communique pas de la même manière avec tout le monde. Cela peut se faire de façon collective en une seule fois, ou de façon individuelle. On pourrait également mettre en place un conseil des sages composé de cinq joueurs et ne communiquer qu’avec eux. Une fois que que cela a été communiqué et accepté – dans un processus interactif et démocratique, un peu à l’image de la « démocratie corinthienne » – on s’adresse ensuite au groupe.
Mais tout cela relève de la théorie, parce qu’à un moment donné de la saison, la réalité du terrain vous rattrape toujours. Par exemple, si arrivé au mois d’octobre, vous n’avez pas gagné depuis six matchs, cela va commencer à se compliquer. Vous avez beau parler du leader, du clown ou de l’assistant social, si l’équipe ne gagne pas, le psychologue pourrait être écarté, l’entraîneur remercié, et le capitaine pourrait ne plus jouer ou même feindre une blessure pour ne pas s’exposer s’il est en fin de contrat.
La réalité du terrain nous ramène toujours à l’instant présent. Ce n’est ni une bonne ni une mauvaise chose, c’est juste comme ça. Je pense que c’est une approche très intéressante lorsqu’on a une vision à long terme et qu’il y a de la stabilité. Mais à moyen terme, un premier temps d’observation et d’interaction avec quelques personnes clés de l’effectif me semble essentiel.
Votre parcours est marqué par un double projet réussi. Sachant que le projet sportif est déjà très exigeant, comment avez-vous arbitré les demandes concurrentes associées au football et à vos études ? Aussi, comment avez-vous ventilé vos ressources (temps, efforts) pour mener à bien ces deux projets simultanément ?
Si la question renvoie à : comment ai-je fait pour m’entraîner le matin et l’après-midi, sous 38 degrés, dans des conditions de vie difficiles, tout en allant à la faculté pendant quatre ans ? Comment ai-je passé mes examens ? La réponse est : je ne sais pas.
Peut-on considérer que mes efforts ont payé parce que je suis passé professionnel ? Oui, d’une certaine manière. Néanmoins, j’aurais tout aussi bien pu ne pas devenir professionnel. D’autre part, je me demande aussi ce qui se serait passé si j’avais consacré 100% de mon temps au football, même si je n’ai aucun regret.
Par exemple, j’ai passé le DUGOS (Diplôme Universitaire de Gestion des Organisations Sportives) lorsque je jouais en Ligue 1, entre mon passage à Évian et Ajaccio et je me demande parfois : « Et si je n’avais consacré du temps à ce parcours universitaire ? J’aurais eu quatre ou cinq heures hebdomadaires de plus à consacrer au gainage, à la sophrologie, ou à du travail individuel spécifique au poste de défenseur sur le terrain.”
Peut-on considérer que mes efforts ont payé parce que je suis passé professionnel ? Oui, d’une certaine manière. Néanmoins, j’aurais tout aussi bien pu ne pas devenir professionnel.
C’était une nécessité personnelle d’avoir un double projet, parce que j’ai toujours eu la volonté d’avoir ce plan B, voire un plan C. Lorsque je rentrais de l’entraînement, j’avais besoin d’une autre activité intellectuelle. J’avais besoin de parler aux gens, d’étudier le français, de me sentir utile.
J’ai besoin de cette stimulation. C’est ce qui m’a toujours motivé lorsque j’étais footballeur. Ce n’était pas pour prouver quoi que ce soit à mes parents ou à un futur employeur, mais bien pour moi-même, car j’avais besoin de cette activité intellectuelle. Aujourd’hui, je ne peux pas dire si c’était la bonne ou la mauvaise formule. C’était simplement ma formule.
D’un point de vue extérieur, on pourrait dire que c’est une réussite, car j’ai réussi ma reconversion dans le football. Ce double cursus m’a donné des outils intellectuels et des outils de travail opérationnels intéressants pour continuer à travailler dans le milieu du football. Et même si je devais quitter ce milieu aujourd’hui, je serais probablement capable de m’orienter vers un autre secteur, grâce aux formations et à l’expérience acquise.
C’était une nécessité personnelle d’avoir un double projet, parce que j’ai toujours eu la volonté d’avoir ce plan B, voire un plan C.
Ce n’est donc pas un regret, mais c’est une question que je me suis déjà posée : « Et si j’avais donné 100 % de mon temps au football ? Quelle carrière aurais-je eue ? ». Peut-être qu’aujourd’hui j’aurais 150 matchs de Ligue 1 au compteur. Peut-être que je serais allé plus vite, que je me serais moins blessé, etc.
Néanmoins, ma carrière a été longue (17 ans), même si en comparaison, j’ai eu un temps de jeu restreint. Mais je ne pense pas qu’il y avait une autre façon de le faire. Par conviction et par nécessité personnelle, j’avais besoin de consacrer du temps à d’autres choses. J’avais besoin du DALF, comme j’ai eu le besoin de suivre le cursus de manager général du CDES pendant ma période à l’OM. Personne ne m’a poussé à faire ces études. Cela a demandé des investissements, mais cela fait partie de mon cheminement.
A la fin de votre carrière de joueur, vous avez effectué une transition rapide vers un rôle de scout au Stade Malherbe Caen, un club pour lequel vous avez joué. Comment avez-vous appréhendé ce passage de l’autre côté du miroir ? Quel a été l’impact de ce changement de perspective sur votre manière d’évaluer les joueurs, notamment l’adéquation de leurs habiletés à un projet club ?
Juste avant d’effectuer cette transition, j’étais joueur au Paris FC. Je vivais une saison sportivement très difficile. Individuellement c’était compliqué et collectivement, l’équipe n’allait pas bien. Nous luttions pour le maintien, nous n’arrivions pas à obtenir de résultats.
Physiquement et techniquement, j’avais pourtant tout mis en œuvre pour maximiser ma longévité. Mes modèles étaient des défenseurs brésiliens comme Hilton ou Dante. Je me disais que je pouvais, moi aussi, jouer jusqu’à 40 ou 41 ans. Je faisais tout le nécessaire pour cela, toutes proportions gardées, bien sûr, car je ne me compare pas à ces joueurs, mais ils étaient mes références en matière de longévité, d’hygiène de vie et, en partie, de style de jeu. Malheureusement, la COVID-19 a tout changé.
L’une des conséquences directes a été l’arrêt des championnats en France alors que d’autres, comme la Premier League, ont repris. La raison pour laquelle cela m’a concerné, est que RMC Sport – qui diffusait la Premier League – recherchait des consultants, car le championnat anglais avait planifié les matchs en décalé pour maximiser le nombre de rencontres par jour.
RMC Sport m’a alors demandé si cela pouvait m’intéresser et si le Paris FC serait d’accord. En fait, j’avais déjà eu une expérience de consultant en cabine pour Canal+ lors de la finale de la Copa Libertadores (River Plate contre Flamengo). J’avais donc déjà fait cela alors que j’étais encore joueur et cette expérience s’était très bien passée.
J’avais également eu des expériences en tant que consultant éphémère pour des émissions comme J+1. J’ai donc demandé l’autorisation au Paris FC, car je ne voulais pas arrêter ma carrière de joueur. J’étais en fin de contrat en juin, mais je pensais que la saison allait reprendre et que je pourrais continuer à jouer malgré mes 37 ans.
Mon dernier match et mon dernier entraînement en tant que joueur de football professionnel ont eu lieu sans que je sache qu’ils étaient les derniers
J’ai commencé à commenter pour RMC Sport, et j’ai demandé à faire un essai de trois ou quatre matchs. J’ai saisi ma chance, alors que j’aurais pu aborder ces matchs en me disant : « C’est un kiff, je vais commenter trois ou quatre matchs, et cela s’arrêtera là ». Mais, je me suis dit : « C’est une vraie opportunité de voir si cela me plaît, et de montrer de quoi je suis capable. » J’ai énormément travaillé pour ces premières interventions.
Les collègues et journalistes de RMC Sport, ainsi que les techniciens, ont été extrêmement bienveillants avec moi. Ils m’ont briefé, m’ont donné des conseils, car lorsque l’on arrive sans expérience à ce niveau, on a besoin de toute forme d’aide.
Au bout de trois ou quatre matchs, ils étaient satisfaits et ils m’ont demandé si je voulais repartir sur une série de quatre matchs, parce qu’ils avaient eu de bon retours. Les gens m’ont fait confiance, et cette opportunité s’est développée très rapidement. Au bout de deux ou trois mois, je commentais des matchs de haut niveau, comme Newcastle contre Chelsea.
C’est à peu près au même moment, que le Stade Malherbe Caen m’a sollicité pour préparer le mercato d’été. J’avais joué à Caen durant deux saisons et ils m’ont proposé de trouver un accord pour mon après-carrière, de me former, en faisant beaucoup d’analyse vidéo dans un premier temps.
J’ai accepté leur proposition et comme avec RMC Sport, j’ai eu la chance d’être entouré de personnes qui m’ont beaucoup appris, comme Loïc Pérard. Par conséquent, mon dernier match et mon dernier entraînement en tant que joueur de football professionnel ont eu lieu sans que je sache qu’ils étaient les derniers. Mon tout dernier match remonte probablement même à l’année précédente, car je m’étais cassé deux os de la main et j’étais en arrêt au moment où la COVID-19 a éclaté.
Il n’y a donc pas eu de jubilé, pas d’émotion, pas de partage avec la famille, rien. Mon dernier entraînement s’est déroulé de la même manière. La vie, c’est aussi cela. On se prépare, on obtient des diplômes, et l’arrêt arrive soudainement, sans que l’on puisse le prévoir ou le souhaiter.
J’ai subi cette fin, mais je ne l’ai pas trop mal vécue. Cette transition me fait beaucoup penser à une idée proposée par le philosophe Charles Pépin : « comment réussir son échec ». Peut-être était-ce tout simplement mon destin. Si j’avais joué dans un club à l’autre bout de la France, je n’aurais pas eu cette opportunité de commenter sur RMC Sport. Ces circonstances m’ont offert ces deux opportunités (consultant et scouting), et je suis immédiatement passé à ces activités. C’est comme ça que s’est déroulée ma reconversion.
La vie, c’est aussi cela. On se prépare, on obtient des diplômes, et l’arrêt arrive soudainement, sans que l’on puisse le prévoir ou le souhaiter.
Pendant cette période, je me suis également inscrit à une formation de scouting à distance. Je suis revenu habiter à Strasbourg, car le Stade Malherbe Caen avait perdu un scout dans l’Est qui était responsable de cette zone. L’idée était que je puisse le remplacer.
Même en habitant à Strasbourg, je continuais à commenter des matchs en cabine à Paris pour RMC Sport, et je commençais à voyager un peu plus pour le scouting. Je passais de l’observation de matchs des équipes B d’Hoffenheim ou de Stuttgart, afin de voir des joueurs susceptibles d’alimenter le Stade Malherbe, à l’observation de clubs comme Nancy, Metz ou même le Racing Club de Strasbourg. Ce fut une période riche en apprentissage.
Vers la fin de cette saison, Jorge Sampaoli a signé à l’Olympique de Marseille. L’OM m’a alors contacté pour rejoindre son staff. Ce n’était pas un projet prédéfini pour moi, mais comme je l’ai dit, j’ai toujours saisi les opportunités.
L’idée initiale était d’être uniquement le traducteur de Jorge. Il n’y avait pas d’autre fonction définie, d’autant que Pancho Abardonado était déjà en place comme traducteur principal. Je venais plutôt épauler le staff pour tout ce qui concerne les séances de sparring ou les entretiens individuels mais surtout en étant utile vis-à-vis de quelques joueurs étrangers de l’effectif.
Il y avait quelques Brésiliens dans le groupe comme : Gerson, Luan Peres et Luis Henrique. Nous avions aussi des anglophones, comme Caleta-Car ou Cengiz Under, qui ne parlaient ni espagnol ni français.
Etant donné que j’avais arrêté de jouer il y a seulement un an, j’avais une très bonne relation avec les cadres du vestiaire. Avec Pancho, nous aidions beaucoup le club, le staff et l’effectif, en désamorçant certaines situations et en assurant la cohésion.
Puis assez rapidement, Jorge m’a proposé d’aller observer nos futurs adversaires. Etant donné que Pancho était le traducteur principal, qu’il était hispanophone depuis l’enfance, son espagnol était beaucoup plus fluide et adéquat pour des moments de stress comme les matchs.
Il avait besoin d’un regard terrain pour compléter les analyses de l’adversaire réalisées en amont par les analystes du club. Il voulait que je puisse l’aider à percevoir quelques subtilités qui pouvaient être utiles dans la préparation d’un match.
J’ai donc passé les quatre à six semaines de préparation comme traducteur, puis, juste avant le début de la saison (2020-2021), mon rôle a changé. C’était une activité que j’ai adoré et que je trouvais très utile pour le staff, notamment pour le suivi individuel des joueurs.
J’essayais d’arriver tôt sur place, de lire la presse locale, d’observer attentivement l’échauffement, etc. Même si les analystes ont maintenant accès aux plans larges des matchs, le regard d’un observateur sur place apporte une dimension supplémentaire.
Cette double activité (scouting et traduction) fut passionnante, mais très intense : j’étais pratiquement tout le temps sur la route ou dans les avions, en plus des entraînements.
Vers la fin de la saison, le club a souhaité créer un poste de coordinateur technique. L’une des missions était de créer un réseau de clubs partenaires et j’ai été choisi pour remplir ce rôle.
J’aimais ce que je faisais au sein du staff, mais ce nouveau rôle de coordinateur technique s’inscrivait dans une vision plus globale. Ce n’était plus restreint au staff et c’était quelque chose de plus axé sur les relations humaines, les relations internationales et les échanges entre la direction sportive de l’OM et d’autres clubs, d’autres cultures.
J’ai abordé cette mission de la même manière qu’à RMC Sport, en m’appuyant beaucoup sur des gens ayant plus d’expérience au club pour m’aider. Je me suis entouré de plusieurs personnes de l’académie, du département scouting, qui m’ont énormément conseillé sur l’organisation, sur la manière dont je devais aborder la fonction et m’organiser.
A l’époque, nous avions William Saliba en prêt d’Arsenal et nous leur faisions des retours réguliers à propos de son évolution notamment à Ben Knapper, qui est aujourd’hui directeur sportif de Norwich City. Etant donné notre projet de création d’un réseau de clubs partenaires, nous nous sommes dit que lancer un projet de Loan Management (gestion des joueurs prêtés) aurait du sens et serait cohérent.
Ben Knapper m’avait par exemple dit que pour lui le rôle de Loan Manager était similaire à celui d’un mini-directeur sportif
J’ai alors commencé à faire un benchmark en échangeant avec une quinzaine de Loan Managers, notamment en Angleterre. Il s’agit également d’une de mes plus grandes fiertés post-carrière : la création de ce poste dans un club historique en France, basée sur un gros travail de recherche et d’interaction.
A l’époque Ben m’avait par exemple dit que pour lui le rôle de Loan Manager était similaire à celui d’un mini-directeur sportif. En effet, vous avez un petit groupe de joueurs sous votre responsabilité – même si les clubs anglais peuvent en avoir vingt-cinq – vous êtes en relation avec les agents, les clubs, et parfois, il faut rectifier le tir en cours de saison.
Ce benchmark m’a permis de constater que les différentes approches avaient des objectifs assez similaires, notamment sur le but de chaque prêt, avec des spécificités pour les clubs faisant partie de structures multi-clubs (MCO).
De mon point de vue, le loan management nécessite une approche holistique. Il faut couvrir les besoins du joueur prêté, que ce soit à l’intérieur de son club d’origine, mais également dans son l’univers de joueur prêté.
A l’OM, chaque joueur prêté bénéficiait d’une cellule de support autour de lui. Je regardais tous les matchs de chaque joueur et leur faisais des retours, en cas de blessure ou de difficultés, j’étais leur point de contact. Par ailleurs, d’autres personnes pouvaient également les épauler, comme dans le domaine de la nutrition par exemple.
Le niveau de suivi peut aller très loin, selon les moyens mis en place. A Brentford, par exemple, ils avaient un spécialiste du sommeil. Il se déplaçait dans la ville où le joueur était prêté, au moment où celui-ci prenait son appartement, afin d’analyser son exposition, le type de matelas, etc. C’était très poussé.
Le loan management nécessite une approche holistique. Il faut couvrir les besoins du joueur prêté, que ce soit à l’intérieur de son club d’origine, mais également dans son l’univers de joueur prêté
Autre exemple, lors du prêt d’Issa Kaboré à l’OM par Manchester City, j’ai eu affaire à trois ou quatre interlocuteurs différents. La psychologue dédiée aux joueurs prêtés est venue plusieurs fois durant la saison. Ils avaient aussi un kiné qui faisait la tournée des clubs en Europe pour s’occuper des joueurs prêtés. Le Loan Manager de l’époque est également venu.
L’idée de ce département était que le joueur se sente vraiment considéré, mais que cela serve également au club pour ne rien laisser au hasard. Nous recueillons toutes les informations nécessaires, qu’elles soient techniques, tactiques, ou qu’elles concernent le feedback du club prêteur, les installations, et les données pertinentes accessibles sur des plateformes comme Statsbomb, ou sur les plateformes vidéo. Je devais m’assurer que nos dirigeants disposent des informations nécessaires pour prendre les meilleures décisions.
D’autre part, il fallait que le joueur, son entourage et ses représentants sachent qu’ils avaient affaire à un club structuré et que nous étions là pour lui. Il ne devait pas se sentir oublié, et il devait comprendre que ce n’est pas parce qu’il ne jouait pas à l’OM qu’il était négligé ou que nous ne le suivions pas.
L’idée de ce département était que le joueur se sente vraiment considéré, mais que cela serve également au club pour ne rien laisser au hasard.
Je pense qu’il existe même un autre effet collatéral positif : l’image que l’on renvoie en tant que club, aux autres clubs. Lorsque vous avez des joueurs prêtés, que ce soit en National, en Grèce ou au Mexique, et que le directeur sportif ou le staff du club partenaire sent qu’une personne de l’OM va appeler régulièrement pour échanger et faire le suivi, l’image que vous projetez est celle d’un club professionnel et structuré.
Dans un avenir plus ou moins proche, et dans le meilleur des cas, l’objectif est que d’autres clubs viennent chercher des joueurs en prêt chez vous, car ils savent que vous avez un vrai projet et que vous n’allez pas leur envoyer un joueur pour vous en débarrasser. Ils savent qu’il y a un véritable travail de recherche et de renseignement derrière.
Si un club, en France ou à l’étranger, reçoit un joueur d’un club qui possède un Loan Manager qui s’appuie sur un département structuré, il est plus rassuré quant à la plus-value sportive qu’il va recevoir et quant à la qualité du suivi.
En amont, il faut donc identifier et évaluer les clubs susceptibles d’accueillir des joueurs. En aval, une fois le joueur prêté, vous assurez un suivi et un accompagnement sur toutes les dimensions associées la performance, que ce soit sur et en dehors du terrain. L’objectif étant de mettre le joueur dans les meilleures conditions, mais également de permettre au club de prendre les décisions les plus éclairées possibles.
Effectivement, la phase amont est dédiée à l’identification du club partenaire idéal et la phase aval, quant à elle, concerne le suivi de tous les besoins du joueur. Mais entre l’amont et l’aval, il y a un ensemble de décisions qui vont être prises et que les Anglais appellent les « décisions imparfaites ». C’est la jonction entre la théorie et la pratique.
Ce que j’aimais faire, c’était d’établir des comparaisons entre différents profils : ceux des joueurs susceptibles d’être prêtés par notre club, ceux qui occupaient la même position chez nous et ceux des autres clubs. Je faisais beaucoup de recherches en utilisant notamment les plateformes de données.
Par ailleurs, les interlocuteurs du Loan Manager peuvent provenir d’horizons très variés. Il peut s’agir de n’importe qui au sein d’un club, même un entraîneur adjoint. C’est pour cela que lorsque l’on observe la liste des Loan Managers, on constate que beaucoup ont un profil varié.
La phase amont est dédiée à l’identification du club partenaire idéal et la phase aval, quant à elle, concerne le suivi de tous les besoins du joueur. Mais entre l’amont et l’aval, il y a un ensemble de décisions qui vont être prises et que les Anglais appellent les « décisions imparfaites »
Pour résumer, le travail effectué en amont, même avec toutes les recherches et la connaissance du football, ne garantit pas la perfection. Il existe une différence notable entre la théorie (ce que l’on veut faire) et la réalité (ce que l’on peut faire).
Il faut également considérer la prise de décision. Elle n’est jamais uniforme, ni rationnelle. C’est un travail d’équipe, de club, qui nécessite de considérer plusieurs paramètres avant de finaliser un prêt.
Quel impact votre propre expérience en tant que joueur prêté a-t-elle eu sur votre vision du Loan Management ? Comment ce vécu a-t-il influencé votre manière d’appréhender le suivi et l’accompagnement des jeunes joueurs ?
Je n’ai jamais été prêté en France, mais j’ai effectué deux prêts au Brésil, qui ont été plutôt des réussites. Je suis convaincu qu’un prêt doit s’inscrire dans une vision à moyen/long terme, en termes de projet club ou de développement individuel du joueur. C’est quelque chose d’important car comme l’avait dit Carsten Hvid Larsen lors de votre entretien : « Le développement de chaque joueur se fait à des vitesses différentes. Une multitude de trajectoires non linéaires. Il n’existe pas un seul chemin pour aller vers le sommet. »
C’est une perspective en laquelle je crois profondément, car ce que j’ai pu observer c’est que, souvent, le premier prêt n’est pas une réussite. Il faut accepter cette réalité parce que, parfois le joueur n’aura pas le temps de jeu qui avait été envisagé au départ. Mais cela ne signifie pas nécessairement que c’était un mauvais prêt.
L’exemple d’Oussama Targhalline qui joue aujourd’hui pour Feyenoord est intéressant. Il est arrivé à l’OM directement du Maroc, en post-formation. C’est aujourd’hui un joueur confirmé du football européen, qui a notamment joué en Ligue 1 au Havre. Nous l’avions prêté une première fois à Alanyaspor, un club de milieu de tableau en Turquie.
Il n’y a pas joué tous les matchs, car il faisait face à une grosse concurrence. A l’époque, l’entraîneur d’Alanyaspor était Francesco Farioli. J’avais un interlocuteur principal, son adjoint, Felipe Mateos. C’est lui qui me faisait les retours sur l’évolution d’Oussama.
A l’époque, Oussama ne parlait pas anglais, il a donc dû s’adapter avec les autres langues. Farioli étant italien, cela créait un mélange de langues et de cultures. En parallèle, il devait gérer l’adaptation à un championnat athlétique, avec beaucoup de pression.
Souvent, le premier prêt n’est pas une réussite. Il faut accepter cette réalité parce que, parfois le joueur n’aura pas le temps de jeu qui avait été envisagé au départ. Mais cela ne signifie pas nécessairement que c’était un mauvais prêt.
L’homme et le joueur qu’est devenu Oussama illustrent parfaitement le fait qu’il a suivi une voie de développement qui lui était propre. Je suis persuadé que ce prêt a été essentiel dans sa trajectoire. Le fait qu’il n’ait pas passé une saison pleine à Alanyaspor ne signifie pas que le prêt était raté, même si ce n’était clairement pas une saison à 38 matchs et 3 000 minutes.
D’autre part, l’idéal pour un club et pour les jeunes joueurs serait que le premier prêt arrive un peu plus tôt que ce qui se fait habituellement et que le nombre de prêts de joueurs de moins de 21 ans soit plus important. L’objectif étant de limiter de futurs prêts par défaut et les Exit Loans.
Mais pour que tout cela fonctionne, il faut que ce soit un projet totalement intégré entre la direction sportive, l’académie et donc, par toutes les parties prenantes, qui peuvent être nombreuses, à l’intérieur et l’extérieur du club.
Néanmoins, le côté aléatoire du football fait partie des projets de prêt. Le but est de mettre en œuvre une stratégie de prêt et de développement qui soit cohérente, afin d’essayer de minimiser le plus possible la marge d’erreur et et les prêts par défaut.
Définir un plan de développement individuel pour chaque joueur s’avère donc indispensable pour accompagner leur deéloppement. Quels sont les différents objectifs que peut avoir un prêt ?
J’en identifie trois. Le Development Loan vise le jeune joueur en qui vous voyez un potentiel pour intégrer, à terme, votre équipe première. Vous allez le prêter dans des divisions inférieures ou dans une ligue étrangère de développement, avec pour objectif principal qu’il revienne jouer chez vous.
C’est un type de prêt sur lequel les Anglais sont très forts, notamment avec le Championship, la League One et la League Two. En France, c’est un peu plus difficile, même si nous avons de bons exemples. Ce sont tous ces joueurs de 17, 18 ou 19 ans qui ont le potentiel pour intégrer votre équipe première, mais pas de suite.
Il s’agit de construire une trajectoire avec le joueur : l’envoyer en National, voire en Ligue 2, afin qu’il accumule du temps de jeu et de l’expérience, et qu’il corrige les aspects de son jeu nécessaires pour rejoindre l’équipe première.
Idéalement, un Development Loan ne devrait pas se faire sur un seul prêt, mais sur deux, voire trois. Le summum pour le Loan Manager, c’est lorsqu’un joueur enchaîne une année de prêt en National ou en Ligue 2, une deuxième en Ligue 1, et qu’à la troisième année, il est prêt pour l’équipe première et qu’il renouvelle son contrat.
Ce qui peut être compliqué pour certains clubs, comme l’OM, c’est le fossé énorme qui peut exister entre l’équipe réserve et l’équipe première. Dans ce type de club, avoir plusieurs étapes est indispensable, car il y a souvent une grosse pression et il est très difficile pour un jeune joueur de s’installer et de confirmer son potentiel au sein de l’équipe première.
Ensuite, il y a le Return of Investment Loan. Il concerne un joueur, jeune ou confirmé, qui a toujours une valeur marchande, mais on estime qu’il n’est pas en mesure de s’imposer en équipe première avec l’entraîneur en place. On ne veut pas que sa valeur baisse, donc l’objectif est qu’il joue ailleurs et qu’il soit revendu ensuite.
Enfin, il y a l’Exit Loan. Il concerne le joueur dont le départ est nécessaire, principalement pour économiser son salaire, tout en essayant éventuellement de le transformer en Return of Investment Loan.
Qu’est-ce que toutes ces expériences vous ont appris sur la nature humaine ?
Je vais répondre à cette question en m’appuyant sur mon expérience de Loan Manager et je voudrais commencer par citer Gordon Greer, le Loan Manager de Brighton. Il disait : “Savoir comment jouer au football peut être très utile pour accompagner de jeunes joueurs. Je pense pouvoir les aider en partageant mon vécu aux joueurs, car j’ai moi-même traversé ce qu’ils vivent. Lorsque l’on vit une période difficile dans une carrière, il peut être utile d’avoir quelqu’un qui sait ce que l’on ressent.”
Cette phrase résonne pour moi parce qu’énormément de personnes m’ont aidé durant ma carrière, du Brésil à aujourd’hui. Lorsque j’ai été prêté à Paysandu, en Amazonie, ou lorsque j’étais à Botafogo, j’avais l’impression d’être prêté sans qu’on me demande mon avis. Personne de mon club d’origine (Vitória) ne m’a appelé pour m’aider dans mon installation ou pour me faire un retour sur mes matchs. C’est pour cela que je rejoins la vision de Gordon.
J’ai vécu de nombreux changements de club, des déménagements, des moments où j’étais blessé, seul à la maison, sans épaule sur laquelle m’appuyer. Même si l’on a une famille, une épouse, des enfants et un entourage attentif, on appartient à cette « famille » qu’est le club, avec lequel on est sous contrat.
Donc, savoir qu’il y a quelqu’un – ou même un département – qui est là pour vous, qui regarde ce que vous faites tous les week-ends, si vous jouez, si vous êtes blessé, si vous êtes bien installé, cela change énormément de choses.
Le rôle de Loan Manager est une fonction tellement transversale que les bénéfices sont multiples : ils profitent au club, aux décideurs, au directeur sportif, à l’entraîneur qui récupérera les joueurs, mais aussi aux joueurs eux-mêmes, à leur entourage, et au club qui les reçoit.
Quand une personne comme Gordon, moi-même, ou d’autres qui sont passés par là – qui ont joué dans plusieurs clubs et qui savent ce que c’est – prend cette fonction, les relations humaines reviennent au cœur du projet professionnel. Pour moi, c’était le cas à l’OM, et cela continuera de l’être dans mes prochains projets.
C’est vraiment l’ensemble des relations que vous entretenez avec toutes les parties prenantes, qui peut – et qui doit – amener au résultat final. C’est ce qui va mener à la performance. Je suis convaincu qu’il est possible de mener des projets très réussis dans le football en intégrant cette dimension humaine.
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