Savoir choisir un coach est une compétence incontournable

Passé par l’Espanyol de Barcelone, Tottenham, le FC Barcelone et actuellement à Getafe, Ramon Planes nous propose sa vision du rôle de directeur sportif.

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Comment définiriez-vous la fonction de directeur sportif au sein d’un club ?

Le rôle de directeur sportif est une fonction essentielle, qui dépasse largement la cadre du terrain. Au cœur du club, il est le trait d’union avec la direction, le conseil d’administration ou le propriétaire. Il a un vaste champ d’action sur toute la dimension sportive.

De la philosophie de jeu, en passant par la méthodologie d’entraînement et le recrutement des joueurs. Vous êtes la personne à la tête de tout le sportif, à l’image de l’entraîneur qui est à la tête de son équipe. Le directeur sportif est en charge de la politique sportive du club et à ce titre il doit rendre des comptes au conseil d’administration ou au propriétaire du club.

Comment vivez-vous votre fonction de directeur sportif dans un club comme Getafe CF, club voisin des géants que sont le Real Madrid CF et le l’Atlético Madrid, ou encore le Rayo Vallecano qui est très performant dans la formation des jeunes ?

Le fait que Getafe soit à Madrid, qui est une place forte du football en Espagne et en Europe, constitue un avantage plutôt qu’un inconvénient. A l’image de ce qui se passe à Londres où des clubs comme West Ham, Crystal Palace ou Fulham réalisent de grandes choses dans l’ombre des 3 grands clubs que sont Chelsea, Arsenal et Tottenham, Madrid est une grande ville et représente un pôle d’attraction pour les joueurs qu’ils soient espagnols ou étrangers.

Getafe, avec sa philosophie et une longue tradition, est un club très stable. Le propriétaire est le même depuis plus de 20 ans, nous pouvons donc offrir un gage de solidité et de sérieux aux joueurs qui ne sont pas retenus au Real Madrid CF ou au Club Atlético Madrid. Le Getafe CF ne subit pas sa présence dans la région de Madrid, au contraire il profite des opportunités qu’offre un environnement très concurrentiel.

Le Getafe CF dispose de moins de ressources économiques que ses célèbres voisins. Comment le club organise-t-il son travail, cible-t-il prioritairement le recrutement de joueurs, la formalisation d’une philosophie ou la formation de jeunes joueurs ?

Getafe est un club qui, historiquement, a toujours « sorti » beaucoup de joueurs issus de notre académie ou en provenance des académies du Real Madrid ou de l’Atlético de Madrid à la recherche d’une seconde chance. Traditionnellement, beaucoup de joueurs en provenance de la Castilla (académie du Real Madrid) ont réussi avec l’équipe première de Getafe, avant de partir vers de grands clubs.

“Getafe est un club idéal pour les joueurs prometteurs qui ont besoin d’un palier intermédiaire avant de réussir dans un grand club.”

Je pense que le club est un tremplin parfait, parce que si les joueurs font de bonnes choses, notre histoire montre qu’ils auront des opportunités pour rejoindre des équipes de haut niveau. Getafe joue ce rôle qui colle parfaitement à sa philosophie, mais il y a aussi un gros travail de formation des jeunes. Je dirais que Getafe est un club idéal pour les joueurs prometteurs qui ont besoin d’un palier intermédiaire avant de réussir dans un grand club. Les joueurs choisissent souvent Getafe comme une destination pour continuer à grandir

Comment définiriez-vous les différences entre le Rayo Vallecano et Getafe CF, deux clubs de Madrid qui naviguent un peu dans les mêmes eaux de la Liga Santander ?

Ce sont deux clubs très différents et que je connais bien, puisque j’ai eu la chance de travailler au sein de ces deux institutions. Le Rayo Vallecano est un club profondément ancré dans le quartier populaire et ouvrier de Vallecas, avec une philosophie de jeu et plus généralement une vision très particulière des choses. La passion des supporters se diffuse au quotidien dans la philosophie du club, mais le Rayo Vallecano est historiquement un très bon club de jeunes qui approvisionnent largement les gros clubs de Madrid et d’Espagne.

“Le Getafe CF ne subit pas sa présence dans la région de Madrid, au contraire il profite des opportunités qu’offre un environnement très concurrentiel.”

Le club de Getafe CF se situe dans la ville du même nom, à une dizaine de kilomètres de Madrid. Le profil du supporter est différent, issu d’un environnement plus tranquille où la vie quotidienne est, disons, moins mouvementée. En réalité, les supporters sont le reflet de ce qu’est le club. C’est un club très stable et la longévité du propriétaire du club, investi au quotidien depuis plus de 20 ans, est un symbole fort. Historiquement, Getafe et le Rayo sont des clubs très importants de Madrid. Il suffit de regarder leur nombre de saison vécues dans l’élite espagnole. Ces deux clubs semblent similaires de prime abord, mais leurs philosophies de jeu et le profil des supporters sont très différents.

Au regard de votre expérience du football professionnel, la stabilité du club semble jouer un rôle prépondérant dans votre travail quotidien. Comment planifiez-vous votre travail au regard de ces éléments ?

Il est fondamental de planifier son travail, surtout dans le football, où vu de l’extérieur, la seule chose importante est de gagner le prochain match. Dans le football, il est facile de tomber dans le piège du court terme pour se concentrer exclusivement sur le quotidien, d’autant que dans football notre quotidien est une folie. Vous arrivez au club à 8 heures et vous partez à 20 heures et dans ce laps de temps, vous êtes confronté à une quantité incroyable de situations, dont la plupart sont inattendues.

Qu’il s’agisse d’un problème avec un joueur, avec un agent, avec l’entraîneur des professionnels, d’un entraineur chez les jeunes ou de la cellule de recrutement. Autant de choses qui font la beauté du football, mais au bout du compte, c’est un danger car cela peut vous amener à mettre toute votre énergie uniquement sur le quotidien et la gestion des urgences.

“Dans le football, il est facile de tomber dans le piège du court terme pour se concentrer exclusivement sur le quotidien, d’autant que dans football notre quotidien est une folie.”

Je pense que les grands clubs, ceux qui sont réguliers au plus haut niveau, sont les clubs qui respectent une planification et suivent une stratégie à moyen et long terme. Nous savons tous que l’important dans le football est de gagner chaque week-end, mais ce qui fait la différence, c’est de veiller à ce que les gens du club ne perdent pas de vue une stratégie clairement définie. Les clubs performants, sont ceux qui ont une idée très claire dans la manière d’atteindre leurs objectifs, basée sur la planification à laquelle ils se raccrochent dans les moments difficiles. Sans planification, il est impossible d’atteindre les objectifs.

Comment partagez-vous votre vision, au quotidien, avec l’entraineur de l’équipe première ?

Je pense que l’entraîneur est un élément très important du club, puisque l’entraîneur de votre équipe première symbolise beaucoup de choses. D’une certaine manière il représente ce que les supporters attendent le week-end. Il est fondamental que l’entraineur soit sur la même longueur d’onde que le directeur sportif, qu’il comprenne sa philosophie et celle du club. L’entraîneur est un élément fondamental dans la réussite du club, mais elle s’associe au travail de planification et d’organisation de la direction sportive. D’une manière générale, le club réussit quand tous ces éléments sont associés et que l’entraineur est compatible au modèle proposé par le club.

“Savoir choisir un coach est une compétence incontournable pour un directeur sportif, bien qu’on ne lui accorde pas l’importance qu’elle mérite.”

Parfois, votre entraineur est très bon, mais ce qui fera la différence c’est sa compatibilité avec la nature du club. Savoir choisir un coach est une compétence incontournable pour un directeur sportif, bien qu’on ne lui accorde pas l’importance qu’elle mérite. Un entraineur qui est sollicité pour rejoindre le club, même s’il est auréolé d’une très bonne saison, d’une accession à l’étage supérieur ou qu’il a remporté un trophée s’il ne fait n’a pas fait la bonne analyse de l’effectif au regard de la philosophie du club, je crois qu’il vaut mieux ne pas donner suite. Je vois l’entraîneur comme le chef d’un orchestre composé de musiciens, qui sont les joueurs mis à disposition par le club.

Tout le travail de la direction sportive tend vers la performance de l’équipe première, mais l’entraineur de l’équipe première doit être en phase avec nous, sinon le club ira au-devant de difficultés. Le dialogue avec l’entraineur est essentiel au quotidien, être à ses côtés, l’aider et lui montrer qu’il peut s’appuyer sur vous. Le directeur sportif et l’entraineur sont dans le même bateau, c’est pourquoi, je le répète, il est essentiel de construire une relation de confiance.

Il est très important d’établir une relation de confiance avec l’entraineur de l’équipe première. La construction de ce type de relation se réalise-t-elle de la même manière dans un club à taille humaine comme le Getafe CF ou le RCD Espanyol de Barcelone, que dans des clubs plus puissants comme le FC Barcelone ou Tottenham Hotspurs ?

Très honnêtement c’est la même chose, bien que les gens imaginent les choses comme étant très différentes. Peu importe la taille ou la puissance des clubs évoqués, il s’agit de football professionnel. Evidemment il y a beaucoup de pression sur les grands clubs, parce qu’il y a beaucoup de répercussions, mais la pression est tout aussi importante à Getafe où la lutte pour se maintenir en Liga fait rage tous les dimanches.  Tout le monde doit gagner, sinon vous aurez des problèmes, peu importe le niveau.

“Il y a une telle pression dans les grands clubs que c’est parfois irrespirable, mais la relation entre l’entraîneur et le directeur sportif reste fondamentalement une relation humaine. “

Il y a une telle pression dans les grands clubs que c’est parfois irrespirable, mais la relation entre l’entraîneur et le directeur sportif reste fondamentalement une relation humaine. J’ai eu une relation fantastique avec Ronald Koeman et Ernesto Valverde au FC Barcelone. Nous parlons ici de deux entraîneurs de très haut niveau. La relation était bonne à l’image de celles que je peux avoir ici avec Quique Sánchez Flores ou José Bordalás à l’époque. C’était la même chose avec Mauricio Pochettino à l’Espanyol Barcelone. Je crois que la relation doit être basée sur l’humain et dans un grand club, la relation avec l’entraineur se construit et s’entretient au quotidien, de la même manière que dans un club plus modeste.

En Angleterre, l’approche du poste de directeur sportif et la culture de cette fonction finalement assez récente, semble un peu différente de celle de pays latins comme la France et l’Espagne. Avez-vous perçu cette différence lors de votre passage à Tottenham ?

Effectivement même si mon passage à Tottenham fut assez bref, j’ai pu découvrir une autre culture, même si je connaissais très bien l’entraineur de l’époque (Mauricio Pochettino), puisque nous avions travaillé ensemble à l’Espanyol de Barcelone. A Tottenham, mon rôle était différent, je n’étais pas directeur sportif, j’appartenais au département technique. C’est une autre culture, une autre philosophie, une autre façon de voir le football. D’autres codes propres aux anglo-saxons. Nous sommes des latins, mais j’ai le sentiment qu’en Angleterre, il y a un une réelle confiance envers le directeur sportif et la patience est de mise, à l’égard de celui qui a les clés d’un projet. La tendance évolue un peu ces dernières années, notamment avec l’arrivée de propriétaires étranger. Néanmoins, la culture du football en Angleterre est différente de celle des pays latins. En effet, j’ai pu remarquer en Angleterre, un profond respect pour le travail de l’entraineur, qui est moins exposé à la pression médiatique qu’en Espagne, par exemple.

La communication semble fondamentale pour entretenir une relation de qualité avec l’entraîneur. Comment appréhender cette problématique, à l’étranger et notamment à Tottenham où vous deviez vous exprimer en anglais, qui n’est pas votre langue maternelle ?

Tout d’abord, j’ai eu beaucoup de chance de travailler avec Mauricio Pochettino, qui parle espagnol et avec lequel nous avions passé quatre ans à l’Espanyol. A Tottenham, mon rôle consistait à appuyer la direction technique, notamment sur le marché espagnol. Je passais donc beaucoup de temps ici, en Espagne, pour observer et suivre tous les jeunes joueurs intéressants du championnat espagnol. Parler espagnol dans ce contexte m’a grandement facilité la tâche. Pratiquer les langues étrangères est un élément essentiel, j’y consacre d’ailleurs beaucoup de temps pour améliorer non seulement mon anglais, mais aussi l’italien, le portugais ou le français que j’ai étudié au cours de ma scolarité. C’est d’ailleurs un message fort que j’envoie aux jeunes qui souhaitent travailler dans le football, parler plusieurs langues, c’est la base !

“C’est d’ailleurs un message fort que j’envoie aux jeunes qui souhaitent travailler dans le football, parler plusieurs langues, c’est la base !”

Comment voyez-vous le Getafe CF dans trois ans ?

C’est une très bonne question ! Je pense que le club a beaucoup de potentiel en raison de sa localisation sur Madrid. Getafe CF s’est stabilisé en Liga Santander bien que de plus en plus de d’investisseurs étrangers soutiennent économiquement des clubs. Getafe CF est l’un des rares clubs à être entre les mains d’un propriétaire espagnol, grand connaisseur de football et qui réalise au quotidien un travail incroyable. Ce propriétaire est arrivé alors que le club évoluait en Segunda B (équivalent du National 3) pour permettre au club d’accéder à l’élite du football espagnol et s’y maintenir. Le club de Getafe vit une période charnière où le maintien en Liga est chaque saison plus difficile à accrocher face à des concurrents toujours mieux armés économiquement. Nous devons en tant que club continuer à grandir en nous appuyant sur des bases solides, un public fidèle et le temps, pour pouvoir mener à bien le projet sans pression excessive.

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