L'entrainement structuré, c'est appréhender l'humain dans toute sa complexité

Préparateur physique du groupe U19 et au club depuis plus de 10 ans, Andrés Martín García est aussi l’un des chercheurs les plus prolifiques du département performance du FC Barcelone.

Auteur de nombreux papiers de recherche et d’une thèse sur la quantification de la charge dans le cadre de l’entrainement structuré, nous avons essayé de comprendre comment les aspects théoriques de la méthodologie d’entrainement conceptualisée par Francisco Seirul·lo, rejoignent la pratique.

Quel est votre rôle au club ?

Je fais partie du « département de la performance sportive » du FC Barcelone, qui est composé de 30 préparateurs physiques. L’idée derrière ce département, c’est d’effectuer notre travail de manière conjointe au sein de chacune des équipes du club. Par ailleurs, je suis préparateur physique de l’équipe U19 et mon rôle est d’optimiser l’entrainement, notamment le niveau athlétique des joueurs.

Dans notre façon d’appréhender l’entrainement, la condition physique n’est pas un facteur isolé, c’est un aspect supplémentaire qui converge ou qui est coordonné avec d’autres structures qui forment l’individu sportif. Individu au sein duquel chacune de ces structures n’est pas importante en soi, mais a une relation directe avec les caractéristiques qui composent ce joueur.

« La condition physique n’est pas un facteur isolé, c’est un aspect supplémentaire qui converge ou qui est coordonné avec d’autres structures qui forment l’individu sportif »

Pour résumer, j’organise le processus d’entrainement et je coordonne les missions des différents professionnels qui interviennent dans ce processus: les entraineurs, les membres du staff technique, les services médicaux, etc. Je suis aussi en charge des temps de transition pendant l’entrainement et des  aspects athlétiques afin d’individualiser le plus possible notre approche de façon à respecter notre vision humaniste, qui est l’un des fondements de notre méthodologie d’entrainement : l’entrainement structuré.

L’être humain, en tant que sportif, possède des caractéristiques individuelles qui doivent être en accord avec son histoire, son processus en tant que joueur et sa relation avec l’environnement.

Le FC Barcelone a développé une méthodologie qui lui est propre : l’entrainement structuré. Pouvez-vous en expliquer les grandes lignes?

L’entrainement structuré est le véhicule méthodologique utilisé au club, de l’équipe première jusqu’aux plus petits. Cette approche de l’entrainement a été élaborée et mise en place depuis la fin des années 80 par l’intermédiaire de Paco Seirul·lo et de son équipe, qui sont les créateurs de cette approche.

« L’entrainement structuré est le véhicule méthodologique que nous utilisons, de l’équipe première jusqu’aux plus petits »

Cette approche défini le joueur comme un système composé de huit structures et divise l’entrainement en deux grands blocs. Un bloc appelé entrainement adjuvant, qui doit permettre au joueur d’être à disposition de l’entraineur le plus longtemps possible au travers d’un travail compensatoire de force qui est mis en œuvre afin d’améliorer ou offrir les ressources athlétiques nécessaires au joueur, en fonction de ses besoins ou de son historique de blessures.

Le deuxième bloc, l’entrainement optimisant, a pour fonction d’optimiser le joueur, au travers de la planification de taches spécifiques à l’activité football afin qu’il puisse être performant du premier au dernier jour de la saison. De nombreux paramètres définissent cet aspect, mais l’évolution du joueur au sein du micro cycle structuré, en termes de niveau de la charge et d’évolution en match restent essentiels.

Nous pouvons donc distinguer deux grandes formes d’entrainements au sein de l’entrainement structuré. Votre rôle est-il plus focalisé sur l’un de ces blocs ?

C’est une très bonne question, parce qu’il y a une véritable armée ici (rires), car nous avons la chance d’être dans un club comme le Barça. Sur les U19, nous sommes donc deux préparateurs physiques et j’interviens davantage sur l’entrainement optimisant qui se déroule essentiellement sur le terrain.

Mais sans aucun doute, une synergie doit exister entre l’aspect adjuvant et l’aspect optimisant, puisque les deux coexistent au sein de l’entrainement structuré qui considère ces deux formes d’entrainement comme complémentaires. Lorsque nous réalisons un volume important de séances d’optimisation, celles-ci doivent être compensées ou complétées par les séances adjuvantes. Sinon ce serait comme remplir un verre si pleinement, qu’il en déborderait.

Nous devons donc essayer, dans le cadre de la planification de l’entrainement optimisant, de prendre conscience que certaines de ses exigences et de ses demandes, notamment athlétiques ou traumatiques sur le terrain, doivent être atténuées, voire réduites par l’entrainement adjuvant.

« Une synergie doit exister entre l’aspect adjuvant et l’aspect optimisant, puisque les deux coexistent au sein de l’entrainement structuré qui considère ces deux formes d’entrainement comme complémentaires »

Par exemple, si nous réalisons une séance dans laquelle nous stimulons principalement la chaîne postérieure par de longues courses de grande intensité et à des vitesses élevées, nous ne pouvons pas avoir les mêmes demandes dans l’entraînement préventif, sous peine de dépasser le seuil acceptable et créer un risque important de blessure chez le joueur.

Au contraire, si nous évoluons dans des espaces réduits où vont être principalement sollicités, les fessiers moyens, les adducteurs, les articulations de la cheville et du genou, nous profiterons alors de la séance pour nous attarder sur la chaine postérieure, car cette partie du corps est très importante pour les footballeurs. Il faut donc y veiller particulièrement afin que les joueurs soient pleinement disponibles.

En tant que préparateur physique vous avez un rôle important, notamment sur la partie terrain. Comment s’organise la planification et la répartition des taches avec les entraineurs et notamment avec l’entraineur principal qui est celui qui a l’idée la plus aboutie concernant le modèle de jeu souhaité, même si le modèle est clair au Barça ? Quel être votre rôle au moment de formaliser les séances d’entrainement ?

Dans l’entrainement structuré, la situation simulatoire préférentielle (SSP) est l’unité de base, à partir de laquelle nous pouvons construire les séances d’entrainement au sein d’une forme de planning que nous appelons le microcycle structuré. Ce microcycle doit permettre d’apporter de la cohérence dans les séances et respecter certaines phases.

Par exemple, la phase de récupération des efforts liés au match, est organisée avec deux groupes différents. Un groupe composé de joueurs qui ont joué le match ou dépassé certains niveaux de charge. Ces joueurs ont besoin de récupérer et suivent des processus à caractère essentiellement adjuvants, avec de la mobilité des hanches, du travail de force du haut du corps, puisque la littérature indique que ce travail de force favorise la récupération hormonale et accélère le processus de récupération.

« Dans l’entrainement structuré, la situation simulatoire préférentielle (SSP) est l’unité de base, à partir de laquelle nous pouvons construire les séances d’entrainement au sein d’une forme de planning que nous appelons le microcycle structuré »

D’autres stratégies, comme la supplémentation alimentaire par la prise de protéines, mais aussi l’hydrothérapie, la course à faible intensité et bien d’autres choses encore sont aussi utilisées. Pour le deuxième groupe, c’est à dire ceux qui ont le moins participé au match, nous utilisons d’autres dispositifs afin de les aider à ne pas perdre leur niveau de forme.

En effet, si les joueurs ne participent pas au match ponctuellement, ce n’est pas très grave, mais si cela se répète au fil des semaines, nous devons essayer de compenser cela. Il est donc important, que le joueur dépasse certaines limites athlétiques avec 3 ou 4 situations « standard » où les deux groupes coexistent. Les joueurs du groupe de récupération feront moins d’efforts que les joueurs du groupe de charge.

Le groupe de récupération part sur du travail de force et du travail préventif, alors que le groupe de charge reste sur le terrain. Ce groupe de charge va participer à trois situations où nous allons essayer de simuler les scénarios de demande maximale, ou « worst case scenario » comme indiqué dans la littérature anglo-saxonne, notamment les accélérations et les  décélérations que l’on retrouve dans les jeux réduits.

Ensuite, ce groupe vivra une deuxième situation où nous simulerons des scénarios avec une demande de vitesse maximale, dans des grands espaces et une répétition des courses. Une dernière situation, comprendra un aspect déterminant dans le micro cycle structuré, qui est d’essayer de toujours terminer la séance avec la situation la plus spécifique possible.

Dans ce cas, des matches de courte durée, réunissant le plus grand nombre possible de joueurs (exemple: des joueurs de l’équipe première, des joueurs du Barça B ou U18), pour essayer de terminer sur un onze contre onze, un neuf contre neuf ou un dix contre dix. Pour essayer de rendre cette dernière situation aussi spécifique que possible, le préparateur physique qui est sur le terrain a donc un rôle important à jouer, car c’est généralement lui qui gère cette session ou qui la conçoit.

A quatre jours du match (M-4), nous entamons la phase d’optimisation avec un volume important et contrairement aux autres approches de l’entraînement, une intensité qui augmentera jusqu’à la fin de la semaine y compris en cas de match le week-end. Il ne faut pas uniquement comprendre l’intensité comme une charge athlétique, mais comme une caractéristique de la charge, en d’autres termes, la spécificité de la charge augmente à mesure que le match se rapproche, avec une caractéristique de la charge très proche de celle du match.

L’entraîneur va proposer des tâches d’une plus grande exigence et complexité tactique et technique avec des caractéristiques similaires à celles qu’il pense retrouver dans le plan de match. Lorsque nous sommes dans une séance, à moins quatre jours du match, les caractéristiques de la séance amènent à proposer des situations dans des espaces réduits, avec un nombre plus restreint de joueurs, avec des paramètres qui vont favoriser un rythme de jeu plus important.

« Contrairement aux autres approches de l’entraînement, une intensité qui augmentera jusqu’à la fin de la semaine y compris en cas de match le week-end »

A 3 jours du match (M-3), la séance aura une dominante différente de la session précédente, parce que dans le cadre du microcycle structuré, nous devons promouvoir de manière massive les aspects athlétiques que nous considérons importants pour cette séance. Ces caractéristiques d’accélération et de décélération, quand on passe à M-3, deviennent moins importantes, pour autant nous répétons ces aspects.

Lors de la séance M-4 avant le match, nous avons beaucoup insister sur les accélérations et les décélérations. Au niveau préventif, nous allons donc insister sur certains paramètres de la chaîne inférieure ou du train inférieur qui peuvent entraîner des blessures, avec des déplacements plus importants ou des vitesses plus élevées, un plus grand nombre de sprints.

Lors de la  séance à M-2, le volume de la charge est moindre et la veille du match (M-1), il n’y a pratiquement pas de charge ou elle est très faible. Nous en avons pour 40, 50 minutes au maximum, avec des situations à dominante tactico-technique, qui n’ont  pas pour objectif d’avoir des joueurs frais physiquement, mais pour que les concepts pour jouer, soient frais dans leurs têtes.

Ce que vous dites, laisse entendre que votre travail est différent chaque jour du microcycle et qu’en outre il est individualisé à la fois dans la partie adjuvante et optimisatrice de la séance. Autant d’aspects à prendre en charge démultiplient-ils votre charge de travail au quotidien ?

Une des principales caractéristiques de notre approche, c’est l’alternance de situations  très structurées et d’autres plus chaotiques, pour faire référence à l’entrainement structuré. Par exemple, un latéral évoluera souvent dans ce rôle lors des jeux y compris dans les jeux multi-positionnels, idem pour un axial ou un excentré. Ainsi, l’entrainement est déjà individualisé, au niveau de la position occupée, puisqu’en fonction de l’état de forme des joueurs, selon qu’ils reviennent d’une blessure ou s’ils n’ont pas beaucoup joué, on pourra individualiser les demandes  en fonction d’une position ou d’une autre.

Si d’autres joueurs, ont besoin de parcourir plus de mètres à vitesse élevée ou au contraire si des joueurs ont une importante fatigue accumulée, ils vont en faire beaucoup moins que leurs coéquipiers. Grace aux contraintes d’espace ou de règles du jeu, cela permettra à chacun des joueurs de participer à la même situation que ses partenaires tout en individualisant les choses au sein de l’exercice, du jeu ou de la  séance.

« Une des principales caractéristiques de notre approche, c’est l’alternance de situations très structurées et d’autres plus chaotiques, pour faire référence à l’entrainement structuré »

Par exemple, le niveau de le charge de la situation proposée pourra être adapté au joueur afin qu’il ait une charge cumulée plus faible que celle de ses coéquipiers. Cela peut-être dû à de nombreuses raisons : retour de blessure, retour de COVID, confinement, passage du permis de conduire ou une montée avec le Barça B, qui par exemple, est dans un cycle totalement différent du nôtre.

C’est la même chose s’il s’est entraîné avec l’équipe première et que nous devons compenser cet excès de charge émotionnelle. Nous devons adapter les caractéristiques des tâches proposées, voire profiter de l’occasion pour introduire des tâches plus analytiques, de manière à ce que le joueur rattrape le volume de charge manquant.

La clé est d’avoir une bonne communication entre les membres du staff, qui vont chacun prendre en charge une partie de la séance. Il est essentiel que le préparateur physique puisse introduire les aménagements et les détails qui amèneront certains joueurs à mener un travail en commun et d’autres à s’entrainer selon leurs besoins individuels.

Faisons un focus sur au moins deux aspects spécifiques au groupe U19. Tout d’abord le calendrier ressemble un peu à celui de l’équipe première avec la Youth League, les déplacements, les exigences mais aussi les contraintes de cette étape de formation qui doit préparer le joueur à intégrer le Barça B et l’équipe première. Comment gérez-vous ces semaines “européennes” avec des joueurs encore en formation ?

Nous avons la chance de participer à la Youth League, qui débute par une phase de poule comme la  Ligue des Champions et où nous nous rencontrons les mêmes clubs que l’équipe première. Nous voyageons avec eux et jouons le même jour, quelques heures avant. Nous vivons donc une Ligue des champions miniature. Les caractéristiques et la planification de l’entrainement sont pratiquement identiques car une à deux fois par semaine, nous réunissons tous les préparateurs physiques de la première équipe jusqu’aux U15 et nous partageons nos préoccupations.

Nous avons beaucoup travaillé sur ce sujet puisque le microcycle structuré va du match au match. Aussi, il faut comprendre que du match de samedi au match de mercredi, par exemple, il y a un microcycle structuré et du mercredi au dimanche il y a un autre microcycle structuré. Nous avons même eu des semaines de quatre matchs, en raison de reports, avec des matchs le samedi, le lundi, le jeudi et le dimanche.

Ces sujets sont très importants pour nous et nous y réfléchissons, notamment sur les quatre phases de la performance: l’optimisation, la récupération, l’implémentation et  l’activation. Une fois le match terminé, les joueurs qui ont le plus joué entrent  dans un processus de récupération. L’objectif est de faire en sorte que dès le jour suivant, non seulement ils poursuivent le processus de récupération, mais surtout que nous commencions à leur proposer des stimuli à la fois au niveau athlétique, physique et émotionnel qui leur permettent une restauration de l’organisme pour aborder le match suivant.

La fatigue est un phénomène complexe, car nous l’appréhendons non seulement au niveau physique, mais aussi au niveau cognitif, mental, voire émotionnel. Nous devons donc nous battre un peu avec cette situation où le joueur se sent fatigué parce qu’il a joué 90 minutes et qu’il n’est pas frais psychologiquement. Nous essayons de faire en sorte que ce joueur oublie rapidement cette fatigue, non seulement au niveau physique mais surtout que son esprit soit nettoyé pour aborder le match dans les meilleures conditions.

« La fatigue est un phénomène complexe, car nous l’appréhendons non seulement au niveau physique, mais aussi au niveau cognitif, mental, voire émotionnel »

En parallèle, nous devons faire en sorte que le joueur qui a moins joué, reçoive le jour du match, un stimulus physique. Dans ce cas, le travail est plus analytique, car si vous avez peu joué ou pas joué, ce sera déjà plus complexe de vous entraîner. Nous essayons de leur proposer ce stimulus physique afin que la séance du lendemain ne soit pas trop forte, à deux jours du match.

A M-2, nous proposerons une séance avec certaines caractéristiques pour qu’elle ne leur soit pas néfaste le jour du match. La veille du match (M-1), tous les joueurs s’entraînent ensemble avec l’idée de faire une activation sans générer de fatigue, mais avec un volume important de charge spécifique afin que le joueur soit en pleine possession de ses moyens. Que le match se joue à domicile ou à l’autre bout de la Russie, par exemple.

Que pensez-vous de l’idée de proposer cette charge athlétique aux joueurs qui ont peu joué et notamment ceux qui ne sont pas rentrés, presque tout de suite après le coup de sifflet final du match, comme de plus en plus d’équipes le font ?

En ce qui nous concerne, nous proposons cette charge le jour même du match, avec une séance à dominante athlétique. Nous essayons de proposer une séance, d’une durée d’environ 25 ou 30 minutes très concentrée et orientée sur des volumes importants.

Les principaux handicaps de cette séance, c’est que nous ne pouvons pas toujours avoir le terrain à disposition, ou que nous devons filer à la douche pour rejoindre le stade où joue l’équipe première ou que nous devons participer à une réception avec l’équipe adverse.

Évidemment, les joueurs peu utilisés voient cela comme une facette supplémentaire de leur travail et l’acceptent même si parfois c’est plus difficile, surtout quand vous avez perdu et que s’ajoute une charge émotionnelle importante. Parfois, quand je vois que la fin du match approche et qu’un joueur qui ne va pas rentrer s’échauffe, j’introduis immédiatement des aspects plus athlétiques dans l’échauffement, de manière camouflée, car il est très probable qu’il ne rentrera pas ou peu.

Chez les jeunes du Barça, il semble qu’il y ait une rotation importante de joueurs, entre ceux qui montent avec le Barça B et ceux qui viennent des U17 ou U18, ce qui créer une grande disparité des temps de jeu au sein du même groupe. Certains  peuvent jouer une fois par semaine ou moins, quand d’autres  joueront 3 matchs dans la même semaine, avec 3 équipes différentes en championnat, en  Youth League et en sélection espagnole ou catalane. Comment gérez-vous ces disparités et le suivi des joueurs ?

C’est quelque chose de très complexe, parce que les caractéristiques du microcycle ne coïncident presque jamais, que ce soit le type de séance, le jour de repos, le jour de match ou le nombre de séances. Aussi, notre principale ressource, c’est la communication entre les préparateurs physiques afin de nous puissions nous adapter aux besoins des joueurs dans la maitrise de la charge.

Souvent le Barça B nous prend 5 joueurs parce que l’équipe première en a elle-même pris 5 du Barça B. Ils montent s’entraîner avec le Barça B, qui réalise une séance dans des espaces réduits alors que notre séance est orientée sur la réalisation de courses à haute intensité sur des distances importantes. Nous échangeons entre préparateurs physique, sur ce que nous avons l’intention de faire, puisque nous avons des GPS, avec lesquels nous pouvons moduler les séances, les tâches, pour chacun des joueurs.

« Notre principale ressource, c’est la communication entre les préparateurs physiques afin de nous puissions nous adapter aux besoins des joueurs dans la maitrise de la charge »

En plus d’être nombreux, nous avons la chance d’avoir des préparateurs physiques qui font partie de l’élite depuis longtemps. Pour ma part, je suis au club depuis 11 ans maintenant et je crois que nous apprenons de nos expériences et de nos erreurs. Par exemple, quand un joueur part avec sa sélection nationale et revient au club, peu importe la sélection, il vit un retour délicat. Cela peut-être pour toutes sortes de raisons : déconnexion avec le groupe, niveau physique, harmonie avec le modèle de jeu, le stress, les émotions que suscitent une sélection en équipe nationale, etc.

Nous organisons donc un retour en séance progressif où l’entraîneur a un rôle très important à jouer, pour recréer ce lien émotionnel avec le groupe. C’est quelque chose de primordial. Par exemple, nous avons un joueur, qui est blessé depuis un mois. Après être parti deux semaines avec son équipe nationale où la dynamique d’entrainement a été normale, il revient, participe aux séances et au bout de trois ou quatre jours, se blesse aux ischios jambiers justement au moment où nous nous disions qu’il n’était émotionnellement pas connecté au groupe.

« Avec l’équipe première, le niveau d’exigence émotionnelle est tel, que même en ayant fait un rondo, un petit jeu de position et une situation devant le but, il reviendra avec un niveau de fatigue très important »

Autre exemple, avec un joueur monté avec le Barça B, sur une séance plus légère que ce que nous avons pu faire avec les U19, et qui est revenu avec une pointe à la cuisse. Il n’a pas souffert au niveau physique, mais au niveau de la tension, de l’émotion, car il est passé du statut de joueur important dans une équipe de  jeunes au statut de joueur comme les autres, voire moins au Barça B.

Le même genre de choses se produit s’il monte avec l’équipe première. Le niveau d’exigence émotionnelle est tel, que même en ayant fait un rondo, un petit jeu de position et une situation devant le but, il reviendra avec un niveau de fatigue très important.

Antonio Gomez disait, lors du Master Professionnel en Football, qu’il avait pu constaté via les données GPS que la fréquence cardiaque des joueurs pouvait augmenter d’un seul coup lors d’un simple rondo, du fait de la seule présence de l’entraineur principal. Les émotions sont difficilement quantifiables, mais semblent jouer un rôle non négligeable ? 

C’est évident. Prenons l’exemple d’un jeune joueur des U18 (Juvenil B) qui monte avec l’équipe A pour la première fois et qui va participer à un rondo. Cet exercice pourtant très basique chez nous, va prendre une toute autre dimension dans ces conditions.

« Je crois surtout que le joueur doit ressentir aussi de l’empathie de la part du staff, évidemment, mais plus encore de la part de ses partenaires »

Avec cette intégration dans le groupe et l’ascenseur émotionnel qui s’en suit, la fréquence cardiaque va grimper, ce qui est quelque chose de très complexe. Il est aussi possible, qu’en tant que préparateur physique nous nous réfugions derrière les données, peut-être pour nous protéger, alors que le joueur lui-même sent bien qu’il est monté dans les tours avec un simple rondo, sans explication fondée…

Mais finalement toutes ces données comptent-elles vraiment ? Je crois surtout que le joueur doit ressentir aussi de l’empathie de la part du staff, évidemment, mais plus encore de la part de ses partenaires.

Comment envisagez-vous votre rôle gérez vous cette relation très personnelle que vous nouez avec les joueurs, sans pour autant prendre complètement part au choix de ceux qui seront alignés en match ?

Depuis que je suis au club, j’ai travaillé avec cinq entraîneurs différents. L’entraîneur avec lequel je travaille actuellement, nous sommes arrivés ensemble au club, il y a 11 ans. J’ai donc déjà une relation privilégiée, ce qui favorise les choses, bien que le travail de préparateur physique nous amène à réfléchir et à considérer le joueur de manière holistique. Bien souvent, je ne pense pas au joueur de football, mais à la personne, ce qui nous amène à nouer une relation différente de celle qu’il peut avoir avec les autres membres du staff, car mon objectif est qu’il soit heureux en tant que footballeur.

Mais bien qu’il joue, un joueur peut aussi être malheureux parce qu’un élément de sa vie personnelle ne fonctionne pas pour lui. En tant que préparateur physique, nous devons d’abord approcher le joueur personnellement, puis professionnellement, sinon il est impossible d’exiger quoi que ce soit de lui.

S’il y a une chose que j’ai apprise depuis mon arrivée au club, c’est que même si ce sont des joueurs qui ont beaucoup de facilités dans de nombreux domaines, ce ne sont encore que des jeunes de 19 ans qui subissent beaucoup de pression parce qu’ils doivent être professionnels.

« En tant que préparateur physique, nous devons d’abord approcher le joueur personnellement, puis professionnellement, sinon il est impossible d’exiger quoi que ce soit de lui »

Cela fait dix ans qu’ils sont au club et qu’ils entendent dire qu’ils vont jouer en équipe première, en Liga, qu’ils ont des représentants, des pères, des mères, des frères, des amis qui voient en eux des idoles, alors qu’en réalité ils n’ont encore rien accompli… Ils ont donc une pression supplémentaire parce qu’ils doivent réussir.

Ils ont besoin, d’être accompagnés, conseillés et aidés, afin qu’ils réussissent dans les domaines personnels et professionnels. En ce sens, nous sommes un bon point d’appui dans la gestion du groupe, nous pouvons interpeller l’entraîneur afin qu’il fasse attention aux problèmes de tel ou tel joueur. Par exemple, un joueur peut perdre cinq kilos dans la semaine, parce qu’il a des problèmes avec un partenaire ou que ses études se compliquent.

« Nous avons un rôle important à jouer au niveau émotionnel, presque plus important, je pense, qu’au niveau physique »

C’est une des caractéristiques de l’entrainement structuré que de comprendre la globalité de l’être humain. Il y a des joueurs qui ont des problèmes familiaux, des parents divorcent, ce qui peut ne pas se ressentir à l’instant T dans leurs performances, mais à moyen ou long terme, leurs performances seront impactées.

Nous devons comprendre que les joueurs, parfois, ne sont pas performants à cause de certains facteurs difficilement maîtrisables. Quand un joueur se blesse, nous disons qu’il ne fait pas ce qu’il faut pour récupérer, alors qu’en fait, il ne dort pas bien à cause de ses résultats scolaires ou qu’il ne se sent pas estimé sportivement à sa juste valeur. Finalement, nous avons un rôle important à jouer au niveau émotionnel, presque plus important, je pense, qu’au niveau physique.

Le Barça a la chance d’être un grand club omnisport, avec des sections professionnelles comme les football masculin, et féminin, le futsal, le handball, le basket-ball et le hockey sur patins. Réalisez-vous un travail commun et transversal entre les différentes sections ?

Environ, une fois par semaine nous nous réunissons avec tous les préparateurs physiques des équipes premières et réserves, afin de travailler sur le contrôle de la charge externe de l’entrainement. Lors de ces réunions hebdomadaires, nous échangeons sur la façon dont chacun fonctionne, ce qui nous permet de savoir comment le handball, le basket ou le hockey sur patins travaillent en fonction des caractéristiques de chaque sport, dans le cadre de l’entrainement structuré.

Sur la section football, nous faisons des réunions similaires entre préparateurs physiques des U15 jusqu’à l’équipe première. En d’autres termes, chacun interprète l’entraînement structuré en fonction des spécificités de son activité sportive, tout en partant d’une réflexion commune.

Par exemple, il y a un an ou deux, nous avons réalisé un projet dans le cadre duquel il y avait des préparateurs physiques du basket-ball, du football et du futsal. Nous avons travaillé sur une proposition commune d’activation avant la séance et le match, à savoir une activité de libération myofasciale avec un rouleau de massage (foam roller), puis un travail de mobilité, suivi d’une sollicitation abdominale pour terminer par de la coordination.

« Chacun interprète l’entraînement structuré en fonction des spécificités de son activité sportive, tout en partant d’une réflexion commune »

Nous travaillons d’une autre manière en raison des caractéristiques propre à chaque sport, mais dans un cadre méthodologique et des paramètres communs.Nous faisons beaucoup de réunions et de formations internes qui nous servent à unifier les différents paramètres.

Dernièrement, j’ai réalisé une formation auprès des préparateurs physiques du club, sur la façon de concevoir les situations d’entrainement et sur la manière dont les différentes contraintes mises en place affectent les paramètres athlétiques. Ce genre de formation, mise en place par le département de la performance, permet de faire des propositions, d’échanger les avis entre entraîneurs et coordinateurs. C’est aussi, un moyen de susciter le débat, la discussion et, finalement, d’essayer d’aider chacun d’entre nous à s’améliorer dans la gestion de l’entrainement.

En y réfléchissant, nous ne devrions pas appeler votre fonction préparateur physique, mais spécialiste ou analyste du mouvement lié à l’activité physique spécifique au football. D’autant que de l’extérieur, il peut y avoir une perception érronée de l’entrainement « Barça », qui peut sembler se résumer à un rondo et un jeu de position, alors que l’entrainement de la force est peut-être la pierre angulaire de l’entrainement. Pouvez-vous en dire plus sur ce concept de la force comme qualité basique ?

Finalement, comme le dit Julio Tous, l’idée générale est : tout ce que nous faisons, s’expriment à travers la force, que ce soit pour soulever un poids ou pour se déplacer. Aussi, il est vital pour le joueur de l’optimiser et pour ma part c’est un aspect essentiel dans l’entrainement du joueur.  Non pas uniquement en tant que footballeur, mais comme sportif, comme personne, y compris avec de jeunes joueurs.

« Tout ce que nous faisons, s’expriment au travers de la force »

Dans notre catégorie U19, le volume de force dans l’entrainement hebdomadaire est important, mais toujours sous différentes formes, dans l’idée d’optimiser les séances. Il n’est pas possible de faire la même chose à chaque séance. Pour vous donner une image, nous ne servons pas du café au lait sucré à chaque séance. Parfois nous servons un peu de café, la séance suivante un peu de lait et le surlendemain du sucre ou de l’aspartame selon les besoins. Le joueur a besoin de cycles de récupération et il n’est pas envisageable de sur-stimuler les différentes structures qui le composent, sous peine qu’il soit fatigué.

Pour vous donner une idée, nous avons formalisé différentes caractéristiques de séances et aujourd’hui, par exemple, après trois jours sans s’entrainer à cause de la COVID-19 et du report du dernier match, nous avons fait une séance hybride.  Une séance axée sur des éléments liés à des qualités spécifiques comme l’optimisation du déplacement, la lutte, l’action sur le ballon, des éléments de mobilité ainsi que des éléments analytiques préventifs qui visent à renforcer les adducteurs et abducteurs.

Ces éléments analytiques doivent amener le joueur à se réorganiser, après trois jours sans séance. Même si cela peut paraitre peu, après 3 jours « off », le joueur se désorganise et il faut le remettre en route. Nous avons donc réalisé cette séance dans l’idée de relancer cette organisation et demain nous ferons une séance plus ciblée, plus liée à des aspects d’optimisation et à la force de déplacement.

« Le joueur a besoin de cycles de récupération et il n’est pas envisageable de sur-stimuler les différentes structures qui le composent, sous peine qu’il soit fatigué »

Nous ferons, une séance de force d’environ 15 à 20 minutes avec l’objectif principal d’amener le joueur à renforcer les zones sensibles du footballeur comme les fessiers, son faisceau moyen et insister sur les adducteurs. Nous ferons un travail de force, plus analytique sur les groupes musculaires afin de compenser les efforts des grands groupes musculaires comme les quadriceps.

Le surlendemain, veille de match, nous ferons une petite activation similaire à celle des qualités spécifiques, mais très courte, avec une dominante plus orientée vers la vitesse, mais aussi avec des éléments de force qui servent à générer une « bombe » hormonale, pour préparer le corps à la compétition.

Vous utilisez beaucoup le mot activation alors qu’en France, nous utilisons davantage le terme échauffement. Selon Paco Seirul·lo, nous sommes les mots, pouvez-vous expliquer les différences entre les deux termes ?

Selon moi, mais peut-être que cela diffère chez certains collègues, l’échauffement a une connotation plus physique, liée à l’augmentation de la température, de disposition des tissus musculaires, voire d’amplitude articulaire. L’activation va plus loin car elle génère des connexions nerveuses pour prédisposer le joueur.

Il est possible que l’échauffement permette cela aussi, mais l’échauffement s’isole un peu de ce qui va se passer ensuite alors que l’activation conditionne déjà le joueur à ce qu’il va rencontrer en match ou lors de la séance. Par exemple, si faisons une heure d’activation, certains pourraient se dire que sur deux heures de séance, c’est de la folie. Oui, mais non, parce que nous sortons de trois jours d’arrêt pendant lesquels, les joueurs ont été assis 80 % du temps, à jouer à la console ou allongé à regarder leurs portables.  Nous devons donc, les reconfigurer.

« L’échauffement s’isole un peu de ce qui va se passer ensuite alors que l’activation conditionne déjà le joueur à ce qu’il va rencontrer en match ou lors de la séance »

Sur ce type de séance, les joueurs auront un peu la sensation d’être le câble de chargeur de téléphone, et que cette séance les a rebranché. La dynamique était vraiment bonne, nous avons fait une partie importante de mobilité et de libération myofacial menée par le préparateur spécialiste de la force, pendant pratiquement 20 minutes.

Cela ressemble plus à un échauffement, mais ensuite nous avons commencé la séance de musculation, pendant 20 minutes, puis de la mobilité articulaire avec des haies et enfin, nous avons introduit quelques actions de coordination complexes avec l’idée que l’organisme commence à se réorganiser.

La première grande partie assez intense, est généralement faible au regard de la charge cognitive. Puis, nous avons mis en œuvre l’aspect socio-affectif où il faut se connecter avec soi-même, mais aussi avec les autres. Comme le dit Paco Seirul·lo, l’activation a un objectif fondamental au niveau affectif, c’est peut-être même son seul objectif. Nous devons donc parvenir à mettre cela en œuvre dans l’activation, surtout après quelques jours d’arrêt. A partir de deux jours, nous considérons que c’est long et même les joueurs vous insultent (rires).

« Comme le dit Paco Seirul·lo, l’activation a un objectif fondamental au niveau affectif, c’est peut-être même son seul objectif »

Nos activations ont une composante socio-affective car nous voyons le joueur comme un organisme actif, et plus encore comme un organisme spécifique. Nous relions, des aspects spécifiques à notre mode d’entrainement, notamment la passe et des éléments ludiques afin de favoriser l’association affective et emmener le joueur vers les autres, dans une autre dimension, qui n’est pas tant liée au football, mais à la relation avec ses partenaires.

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