En tant qu’entraîneur principal du FC Barcelone Féminin, Jonatan Giráldez a marqué l’histoire du club en remportant de nombreux trophées tout en portant la qualité du jeu barcelonais à un niveau encore jamais atteint. Il nous avait déjà partagé sa vision lors de notre entretien #9, alors qu’il était encore adjoint en Catalogne et il s’inscrit aujourd’hui dans la continuité de celui-ci pour analyser ses passages au Barça et au Washington Spirit (NWSL), ainsi que son arrivée à l’OL Lyonnes.
Il nous a partagé son regard sur des thèmes comme la gestion stratégique d’une saison, l’importance de construire un langage tactique commun dans un vestiaire multiculturel, ou encore l’alignement méthodologique entre l’académie et l’équipe première comme levier de pérennité.
Chaque dimanche vous recevrez des idées sur l’analyse du jeu, l’entrainement ou encore l’apprentissage.
Vous êtes devenu entraîneur principal très jeune au FC Barcelone, après avoir occupé la fonction d’adjoint. Comment avez-vous vécu ce passage, en termes de légitimité, de responsabilité et de regard des autres ?
Dès le début, j’ai jugé essentiel de clarifier la différence entre mon rôle d’entraîneur adjoint et celui d’entraîneur principal, car ma relation avec les joueuses n’était pas la même dans ces deux fonctions. Pour moi, le lancement de la saison a été pensé de manière très stratégique : il s’agissait de créer chez les joueuses un véritable défi collectif « et si on essayait d’être encore meilleures que la saison dernière ? » plutôt que de simplement repartir à zéro.
Pendant l’été, beaucoup de bruits médiatiques avaient entouré les changements au sein du staff. Pour affronter cela, j’ai proposé une réunion courte mais intense. En une dizaine de minutes, j’ai confronté les joueuses à leurs ressentis, à ce qui s’était dit sur elles, à cette énergie, voire cette frustration qu’elles avaient accumulée.
À la fin de cette discussion, je leur ai demandé une chose simple : « Qu’est-ce que vous voulez faire maintenant ? » Elles m’ont répondu qu’elles voulaient s’entraîner dur, dépasser leurs performances de l’année passée et montrer qu’elles avaient raison, malgré les critiques injustes. Ce moment a vraiment marqué le début de notre travail ensemble. C’est une manière de procéder qui m’a beaucoup aidé à poser les bases de ce que je voulais instaurer.
Ensuite, bien sûr, chaque entraîneur a sa propre approche. Pour ma part, j’ai voulu imprimer une identité forte dès les premiers jours, avec beaucoup d’intensité, une haute exigence qui ne se limite pas au simple résultat. À travers les entraînements et les premiers matchs amicaux, j’ai pu montrer mes standards et ma vision, afin que toutes les joueuses puissent adopter le même niveau d’engagement et de compétitivité.
Au FC Barcelone et à l’OL Lyonnes, la victoire est une obligation, mais elle doit aussi s’inscrire dans des principes de jeu très clairs et non négociables. Comment impose-t-on cette exigence permanente sans que la recherche du résultat ne fasse perdre le sens du jeu et de l’identité collective ?
Quand on débute une saison, il y a souvent cette idée sous-entendue : il faut gagner tous les matchs, comme si c’était la norme. Mais dans un championnat où beaucoup de choses se jouent à travers un système de play-offs (demi-finales et finale), cette exigence absolue de gagner tout le temps n’est pas aussi ancrée qu’on pourrait le penser.
Ce que j’ai compris, notamment après ma première année au Barça, c’est l’importance d’une progression construite sur la durée, plutôt que d’une série de victoires immédiates. Lors de cette première saison, nous avons remporté 42 victoires sur 42 matchs en affichant un niveau de jeu remarquable. Pourtant, la fin de saison a été plus difficile, et c’est là que j’ai compris une leçon essentielle : gagner c’est bien, mais il faut surtout savoir gérer la construction du groupe pour être au meilleur de sa forme au bon moment.
Depuis, j’ai intégré cette approche de patient développement, en comprenant qu’il y a des matchs où l’on peut être moins bons, mais que ces périodes font partie du processus pour atteindre des niveaux supérieurs de performance lorsque ça compte vraiment. C’est cette logique qui a guidé mon travail lors des saisons 2022-2023 et 2023-2024 pour viser la victoire tout en assurant une courbe de performance ascendante sur toute la saison.
Si la saison 2021-2022 a montré que nous étions capables de maintenir un haut niveau sur de nombreux matchs, elle a aussi mis en lumière une limite. Le dernier mois de compétition a été affecté par des blessures et pas mal de joueuses loin d’être à 100 %. C’est précisément ce point qui nous a servi de levier pour progresser les saisons suivantes.
Lors de votre première campagne en Ligue des champions avec le FC Barcelone en 2021-2022, vous avez été confronté à des équipes d’un très haut niveau physique comme l’OL Lyonnes en finale tout en défendant l’identité de jeu caractéristique du Barça. Comment cette expérience européenne a-t-elle influencé votre vision de l’équilibre entre l’ADN technique et collectif barcelonais et les exigences athlétiques du très haut niveau ?
Honnêtement, rien n’a changé. Ce qui a changé, en revanche, c’est la manière dont nous avons géré la progression physique au cours de la saison. Je me souviens que cette première année, la saison 21-22, mon objectif était de créer des différences dès le premier jour, de maintenir un niveau de compétition très élevé dès la première journée, sans se satisfaire du simple résultat.
Je pense que nous y sommes parvenus et que nous avons produit un football brillant. Je me souviens notamment d’une demi-finale au Camp Nou que je considère comme l’un des meilleurs matchs de l’histoire du football féminin. Nous avons gagné 5-1 contre le VfL Wolfsburg devant plus de 91 000 spectateurs, avec un niveau de jeu où les joueuses ont vraiment brillé.
Mais il est vrai que le dernier mois de compétition a été difficile, avec pas mal de joueuses blessées et nous ne sommes pas arrivés à ce moment-là à 100 % physiquement. Je me souviens de joueuses comme Asisat Oshoala, Mariona Caldentey ou Lieke Martens qui n’étaient pas à leur meilleur niveau pour jouer ce match, et cela a, je pense, affecté notre condition physique dans les dernières semaines. J’ai donc appris ensuite, à devenir plus patient tout au long de la saison qui s’étire du mois d’août au mois de mai.
Comprendre qu’il y a des matchs où l’on peut moins bien jouer, mais que cela fait partie du processus pour construire quelque chose de solide et arriver au moment le plus important de la saison dans les meilleures conditions possibles. Pour moi, toute l’attention lors des saisons 22-23 et 23-24 s’est concentrée sur le fait de gagner, mais avec une progression du niveau de performance de l’équipe sur les 9 ou 10 mois de compétition.
Ainsi, mon ressenti est que lors de la saison 21-22, nous avons commencé fort et maintenu un niveau très élevé pendant 42 matchs, mais le dernier mois de compétition a été perturbé par les blessures, des joueuses absentes ou pas à 100 %, et c’est, à mon avis, l’un des points que nous avons cherché à améliorer les saisons suivantes.
Après avoir tout gagné avec le FC Barcelone, qu’est-ce qui vous a motivé à partir aux États-Unis rejoindre le Washington Spirit ? Était-ce un nouveau défi sportif, un projet personnel, ou la volonté de contribuer à l’évolution du football féminin dans un autre contexte ?
Pour tout. Selon moi, il y a une chose très importante dans la vie et qui dépasse largement le football. Quand tu es jeune, tu dois expérimenter différents contextes de travail. Pourquoi ? Parce que cela te fait progresser et te fait grandir. Le simple fait de devoir s’exprimer dans une autre langue oblige à sortir de sa zone de confort. Moi, j’aime ça, non seulement comme entraîneur, mais aussi comme personne : le défi personnel de me mettre des exigences. Au Barça, j’y étais depuis six ans, j’étais très heureux, nous avions tout gagné, mais j’avais besoin d’un nouveau défi, d’une nouvelle aventure professionnelle et personnelle pour pouvoir grandir et m’enrichir personnellement.
Travailler à l’étranger, avec des styles différents de joueuses, c’est communiquer dans une autre langue, analyser les matchs différemment, découvrir des nouveaux stades. Faire six heures d’avion pour un match, voir comment le football se joue ailleurs … Pour moi, ce fut un apprentissage incroyable, je suis très reconnaissant d’avoir eu l’opportunité de vivre ça, parce qu’au final, aujourd’hui cela me permet d’être un meilleur entraîneur et une meilleure personne. Je crois beaucoup aux défis qu’on se lance, au fait de ne pas se contenter de ce que l’on a. Je n’aime pas le confort, je n’aime pas rester au même endroit trop longtemps, parce que j’ai besoin de ce stimulant.
Sur le plan familial, c’est la même chose. Je sais que je n’ai pas pu beaucoup voyager quand j’étais enfant et aujourd’hui je peux l’offrir à ma famille parce que je pense que cela leur permettra de s’enrichir, d’avoir une compréhension du monde plus globale. Le fait de pouvoir être en France, de vivre aux côtés des Français, avec une culture bien particulière, aux États-Unis avec l’anglais et une autre culture, à Barcelone avec une culture différente, tout en étant originaire de Galice qui représente mes racines, c’est une grande richesse et je pense qu’ils apprécieront cela un jour.
En arrivant à OL Lyonnes, vous devez communiquer et diriger en anglais et en français, qui ne sont pas votre langue maternelle. La richesse du travail tactique se trouve souvent dans les détails, comment avez-vous adapté votre coaching dans ce nouveau contexte tactique et culturel tout en préservant votre vision du jeu ?
Dans un environnement multiculturel, la langue ne doit jamais être une barrière et encore moins une excuse. Au contraire, elle peut devenir un outil puissant de solidarité, d’empathie et de compréhension entre l’entraîneur et les joueuses. Sur le terrain, la communication est un élément central du jeu collectif, elle conditionne la clarté des consignes, favorise l’interprétation commune des concepts et permet à chacune de se sentir intégrée dans le projet.
Au-delà du simple vocabulaire, nous avons cherché à créer un langage tactique partagé. Quand nous parlons de couloir, de pocket ou de carré, chacune sait exactement à quoi nous faisons référence dans le mouvement, la structure ou les relations entre joueuses.
Ce que nous avons mis en place, c’est une terminologie commune et spécifique, définie à la fois en français et en anglais, que toutes les joueuses, qu’elles viennent des États-Unis, d’Allemagne, d’Espagne, des Pays-Bas ou de Norvège peuvent reconnaître, comprendre et utiliser avec précision. Cela signifie qu’au-delà du simple vocabulaire, nous avons cherché à créer un langage tactique partagé. Quand nous parlons de couloir, de pocket ou de carré, chacune sait exactement à quoi nous faisons référence dans le mouvement, la structure ou les relations entre joueuses.
La préparation estivale a été consacrée à construire cette base de communication au sein du groupe, puis, au quotidien, nous avons travaillé à affiner l’expression en anglais et en français, avec pour seul objectif d’atteindre les joueuses de manière claire et cohérente. Cette démarche n’est pas seulement linguistique, elle est profondément pédagogique. Elle vise à faciliter la compréhension du jeu, la prise d’information et l’ajustement collectif.
Honnêtement, je pense que nous avons réussi à surmonter les obstacles de communication. L’équipe ne rencontre pas de friction due à la langue, nous parlons ensemble, nous comprenons les concepts, et nous jouons ensemble. J’ai aussi la chance d’être accompagné par Joé Labiani, qui m’aide beaucoup pour les traductions plus spécifiques en français, notamment avec les joueuses qui ne parlent que cette langue.
Cette démarche n’est pas seulement linguistique, elle est profondément pédagogique. Elle vise à faciliter la compréhension du jeu, la prise d’information et l’ajustement collectif.
Pour moi, l’effort linguistique et communicatif est une démarche professionnelle essentielle, que ce soit en anglais, en espagnol, en portugais ou en français, l’important est d’utiliser la langue comme un outil d’empathie, de cohésion et d’accès au jeu, et non comme un prétexte. C’est cette volonté de créer une compréhension collective qui fait partie intégrante de notre approche de l’entraînement et de la performance, une approche fondée sur l’échange, l’ouverture et la construction de sens partagés.
Diriger le vestiaire de l’OL Lyonnes, une équipe multiculturelle, implique sans doute de nouvelles dynamiques humaines. Comment construisez-vous la confiance et le leadership au sein d’un groupe très divers, tout en restant fidèle à vos convictions sur le jeu ?
La première étape, c’est de connaître la personne, ses centres d’intérêts, ses motivations, être compréhensif d’un point de vue humain. Il faut aussi comprendre d’où elle vient, quel est son contexte familial, quelles sont ses attentes pour la saison, et comment l’équipe la perçoit, tant sur le plan professionnel que personnel. Pour moi, connaître la personne, la joueuse dans sa globalité, est essentiel avant de commencer à travailler ensemble.
Ensuite, il faut définir très clairement la méthodologie de travail, le quotidien, la dynamique que l’on souhaite installer. Comment souhaitons-nous nous entraîner ? Quel type de microcycle voulons-nous structurer ? Il est important que les joueuses reconnaissent cette structure et cette logique, qu’elles sachent ce que l’on va faire au gymnase, car nous avons aussi modifié certaines façons de procéder dans le travail complémentaire.
Cette clarté et cette reconnaissance construites dès la pré-saison permettent à tout le monde de comprendre où nous en sommes, de savoir comment nous voulons travailler, et que cette manière de travailler soit alignée avec une idéologie bien précise. Gagner c’est-à-dire viser la performance, essayer d’être meilleur que l’adversaire et remporter le plus de matchs possibles. Honnêtement, je pense que nous avons réussi à instaurer cela.
Malgré la multiculturalité présente dans l’équipe aujourd’hui, avec des personnalités très différentes, nous nous reconnaissons les uns les autres. Nous savons comment nous sommes, comment nous respirons, comment nous pensons. Et je crois que c’est ce qui est le plus important. Cette connaissance mutuelle, qui, à travers la manière d’entraîner et la méthodologie, nous distingue probablement d’autres équipes, nous permet d’être plus proches de l’objectif de gagner le maximum de matchs possible.
Chaque championnat a ses spécificités, la Liga F en Espagne, la NWSL aux États-Unis et l’Arkema Première Ligue en France. Quelles différences tactiques, physiques et culturelles remarquez-vous, et comment adaptez-vous votre manière de coacher selon ces contextes ?
En Espagne, le niveau compétitif général du championnat était plutôt faible à l’époque, et le Barça était nettement supérieur aux autres équipes. C’est vrai que ces dernières années, des clubs comme l’Atlético de Madrid ou le Real Madrid ont progressé, et il est devenu plus difficile de gagner des matchs qu’avant. À mon sens, le niveau technique en Espagne est élevé, mais le niveau physique est un peu en retrait par rapport à ce que l’on peut observer en France ou surtout aux États-Unis.
Concernant les États-Unis, je dirais que le niveau technique est inférieur à celui de l’Espagne, mais l’intensité physique y est très grande. Un aspect particulier là-bas, c’est que les distances de déplacement sont énormes, aller de la côte est à la côte ouest peut prendre 5 à 6 heures d’avion, avec 3 à 4 heures de décalage horaire.
Cela a un impact sur la planification du travail, la préparation physique et la performance, car il est particulièrement difficile de bien jouer loin de chez soi, face au climat, au manque de récupération, au changement d’horaires… Ces facteurs influencent la performance des équipes lorsqu’elles jouent à l’extérieur.
Un autre point important aux États-Unis, c’est que les huit premiers clubs ont tous des chances de remporter le titre, car le championnat se termine par des play-offs. Par exemple, la saison dernière, le Gotham FC, huitième à l’issue de la phase régulière, a remporté le titre en gagnant les quarts, les demi-finales et la finale, malgré un classement modeste en saison régulière.
Donc, même si nous avons maintenu une grande régularité lors des deux saisons passées là-bas (nous avons été le deuxième club le plus régulier, avec deux finales atteintes), ce n’est pas garanti qu’on gagne la phase régulière ni le titre final, même si nous avons remporté la Challenge Cup. Pour moi, finir premier, deuxième, troisième ou quatrième en saison régulière a de l’importance, mais dans un système où tout se joue en trois matchs lors des play-offs, cela change la manière d’aborder la saison.
Quant à la France, j’y dirais que l’intensité physique est très élevée, notamment dans les duels et les efforts répétés, et souvent plus développée que ce que l’on voit en Espagne. En revanche, le niveau technique est parfois moins fin que celui observé en Liga féminine espagnole. Ici aussi, la saison régulière compte, mais le titre se joue tout de même en play-offs, ce qui signifie que même si l’on a une avance importante sur le second, il faut encore passer par les phases finales pour remporter le championnat.
L’OL Lyonnes est depuis longtemps précurseur dans la formation des jeunes joueuses. Comment intégrez-vous cette tradition dans votre organisation et dans la promotion des talents au sein de l’équipe première ?
D’abord, il y a une règle dite « homegrown » qui exige que nous ayons un certain nombre de joueuses formées au club. C’est pourquoi, pour nous, l’académie est un pilier fondamental du projet. Cette année, au niveau de la méthodologie, nous avons mis en place un lien fort entre l’équipe première et l’académie. Tous les mois et demi à deux mois, à chaque trêve internationale, nous organisons des réunions entre les différents staffs de l’équipe première et de l’académie que ce soit dans la dimension technique, de l’analyse, la préparation athlétique, tous les services du club se réunissent.
L’idée est de partager les connaissances et l’information, et faire en sorte que l’académie s’aligne sur la manière de travailler de l’équipe première. Cela ne signifie pas que toutes les équipes doivent jouer obligatoirement dans les mêmes systèmes. Il s’agit plutôt de créer une cohérence dans les principes fondamentaux du jeu : comprendre que lorsque tu as le ballon, ce n’est pas la même chose de passer à droite ou à gauche, que ce n’est pas pareil de passer fort que lentement, ou encore de jouer à une ou deux touches de balle, etc.
Cela ne signifie pas que toutes les équipes doivent jouer obligatoirement dans les mêmes systèmes. Il s’agit plutôt de créer une cohérence dans les principes fondamentaux du jeu
L’objectif est de faire en sorte que le type de tâche soit très similaire entre l’académie et l’équipe première. Ainsi, lorsqu’une joueuse arrive de l’académie, elle sait ce qu’est un jeu de position, elle comprend ce que signifie jouer en tant que numéro 10, et elle sait comment construire à trois. Cela permet d’imprégner l’académie dès le départ, pour que ce que nous faisons avec l’équipe première leur soit familier, afin que le saut ne soit pas trop grand lorsqu’elles viennent s’entraîner ou jouer avec l’équipe première.
Lors de la présaison, certaines joueuses de l’académie, quand elles venaient ici, ne parlaient pas la même langue que nous. Il y avait des problèmes de rotation, de position, des difficultés à comprendre ce que nous attendions à l’entraînement. Je pense qu’aujourd’hui, cela n’arrive plus, quand les joueuses de l’académie viennent, elles comprennent que si nous faisons une situation de 4 contre 4 plus 4, en attaque il faut respecter la position et on ne peut pas bouger librement, que ce soit en attaque ou en défense.
Tout cela nous aide beaucoup et le fait d’organiser ces réunions, maintient le lien entre l’équipe première et l’académie. Ces réunions nous permettent de partager connaissances et méthodologie, pour continuer à nous aligner sur une manière de travailler que je pense très bénéfique pour les principales intéressées : les joueuses.
À quoi faites-vous référence lorsque vous parlez de « partager votre méthodologie », souhaitez-vous mettre en œuvre votre propre méthodologie et la partager, ou envisagez-vous de travailler avec les techniciens de l’académie afin d’élaborer ensemble une méthodologie commune, issue d’un mélange de vos approches respectives ?
Cela fait plusieurs années que nous avons développé un processus de communication offensive et défensive commun. Peu importe la manière de jouer, en deux passes ou en vingt-cinq, les principes de communication et le cadre de référence restent identiques. Et cette base doit être transmise dès les premières étapes de la formation. La méthodologie mise en place appartient pleinement aux joueuses, à l’académie et à l’OL Lyonnes. Notre rôle a été de définir des lignes directrices claires, des critères partagés et des cadres de travail afin que l’ensemble des entraîneur(e)(s) et du personnel de l’académie dispose d’un point de départ commun.
À partir de ces fondations, chaque membre du staff bénéficie d’une réelle liberté pour développer les contenus qu’il juge pertinents dans le cadre du parcours de formation des joueuses. L’objectif est toutefois que nous parlions tous le même langage. Peu importe qu’il s’agisse d’un jeu de position, d’un jeu de situation, d’un rondo, de matchs à effectif réduit ou d’exercices techniques spécifiques, les principes sous-jacents doivent être compris et partagés par tous.
Au fil des catégories et des changements d’encadrement, la joueuse perçoit une évolution logique plutôt qu’une rupture
L’ensemble du travail mené avec l’équipe première a ainsi été transmis à l’académie, qui l’adapte pour structurer et consolider ces piliers fondamentaux. L’enjeu est que, lorsqu’une joueuse intègre l’équipe première, elle maîtrise déjà les repères et comprenne naturellement les exigences du cadre collectif.
Auparavant, chaque catégorie U19, U16, fonctionnait avec des références différentes. Aujourd’hui, nous veillons à assurer une continuité méthodologique. Les choix tactiques (1-3-5-2, 1-4-3-3, 1-4-2-3-1, organisation offensive, occupation des espaces, selon l’adversaire) relèvent bien entendu de la décision de chaque entraîneur. En revanche, les bases, les cadres et les principes structurants doivent rester communs afin de garantir une progression cohérente.
Ainsi, au fil des catégories et des changements d’encadrement, la joueuse perçoit une évolution logique plutôt qu’une rupture. C’est un élément central de notre projet, et nous sommes satisfaits de la cohérence observée aujourd’hui entre l’équipe première et l’académie.
Au regard de votre parcours, quels enseignements tirez-vous sur vous-même et sur la façon dont vous appréhendez votre métier d’entraîneur ?
J’ai évolué dans trois contextes nationaux très différents. Au FC Barcelone, je travaillais dans un environnement où les joueuses se connaissaient parfaitement. Aux États-Unis, nous avons mis en place une méthodologie entièrement nouvelle pour le groupe. Et aujourd’hui, ici, je m’inscris également dans un cadre de travail différent de celui qui existait auparavant. Mais au fond, l’essentiel reste la performance des joueuses.
Ma responsabilité est de créer les conditions qui leur permettent d’exprimer leur plein potentiel. Aux États-Unis, par exemple, il m’est arrivé de défendre à cinq ce que je n’avais pas forcément envisagé au départ. Pourtant, pour maximiser le rendement collectif, il est indispensable de savoir s’adapter. Le football exige cette capacité d’évolution permanente.
Ma responsabilité est de créer les conditions qui leur permettent d’exprimer leur plein potentiel.
Ce que j’ai retenu de ces expériences, c’est qu’un travail d’analyse approfondi de l’équipe et des joueuses est fondamental. Comprendre leurs profils, leurs caractéristiques et leurs besoins permet d’optimiser la performance. Aujourd’hui, je suis ouvert à différentes approches. Certaines tâches que je propose désormais ne faisaient pas partie de mes habitudes auparavant, mais si elles augmentent les chances de gagner, elles ont toute leur place dans ma méthodologie.
L’idée centrale, pour moi, est de ne pas être rigide ni attaché à 100 % à des convictions figées. En tant qu’entraîneur, je dois rester ouvert, réceptif, continuer à apprendre et m’adapter afin d’apporter aux joueuses ce dont elles ont réellement besoin. La priorité n’est pas de confirmer mes propres idées, mais de répondre aux exigences du groupe.
La priorité n’est pas de confirmer mes propres idées, mais de répondre aux exigences du groupe.
Au FC Barcelone, je pouvais interroger les joueuses sur les espaces à exploiter ou sur les effets d’un positionnement spécifique, car elles disposaient déjà d’une grande maîtrise collective. Aux États-Unis, le processus passait davantage par l’explication, la compréhension, la visualisation vidéo puis l’exécution.
Aujourd’hui, mon approche est un équilibre entre ces deux modèles où je définis un objectif clair et ses raisons, nous analysons, nous exécutons, puis j’évalue ce qui peut être amélioré. Nous revenons sur les images, nous clarifions les ajustements, puis nous les mettons en pratique sur le terrain. Mon objectif est que toutes les lignes en défense, au milieu et en attaque parlent le même langage, en phase offensive comme défensive.
Cette diversité d’expériences m’a permis de grandir. Plus qu’une simple progression, il s’agit d’une évolution dans ma manière d’accompagner les joueuses, d’être davantage à l’écoute, analyser avec précision, comprendre les profils humains et sportifs, et identifier les différentes manières de les aider à atteindre leur meilleur niveau.
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