Donner aux joueuses une grille de lecture commune

Ancien directeur du centre de formation de l’US Orléans et aujourd’hui sélectionneur de l’équipe de France féminine U16 tout en occupant le rôle de Conseiller Technique Régional PPF, Mickaël Ferreira nous partage sa perspective sur la formation et le haut niveau.

Il revient en détail sur la construction des parcours de formation en club et en sélection, de la modélisation des « situations de référence », à l’intégration de la vidéo, en passant par le développement de la connaissance du jeu et l’analyse des spécificités du football féminin.

Il aborde également les piliers de son approche de formateur : le suivi du double projet scolaire et sportif, l’identification des potentiels, la construction de l’autonomie chez les joueurs et joueuses,  ainsi que l’importance de l’ouverture culturelle et scientifique dans le métier d’entraîneur.

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Comment le football est-il entré dans votre vie et à quel moment avez-vous su que vous vouliez en faire votre métier ?

Ma passion pour le football est née très tôt. Je suis d’ailleurs arrivé au monde en pleine Coupe du monde 1982, ce qui constitue un clin d’œil peut-être. Plus classiquement, le football a rythmé toute mon enfance. J’y jouais dans la cour de l’école, au pied de mon immeuble, en rentrant des cours, le soir, les week-ends et pendant les vacances. Cette passion a occupé une place centrale dans ma vie. Je me souviens d’ailleurs qu’à l’école primaire, puis au collège, lorsque les enseignants nous demandaient ce que nous voulions faire plus tard, je répondais sans hésiter que je voulais devenir joueur professionnel.

Mon parcours a d’abord débuté en club, avant d’intégrer le Pôle Espoirs de Tours, où j’ai effectué la dernière année de préformation avant son transfert à Châteauroux. J’ai ensuite intégré le centre de formation de la Berrichonne de Châteauroux avec l’ambition de devenir professionnel. Cependant, malgré mon investissement et mon sérieux, j’ai rapidement été confronté à la réalité. J’étais un jeune joueur travailleur et impliqué, mais les blessures, associées à un manque de talent pour atteindre le haut niveau, ont progressivement mis fin à cet objectif.

Parallèlement à mon parcours de joueur, j’ai découvert très tôt le rôle d’éducateur. Vers l’âge de 15 ou 16 ans, alors que j’étais de retour dans l’agglomération orléanaise pour un week-end, le club dans lequel évoluait l’un de mes petits frères manquait d’un éducateur pour encadrer un plateau de débutants. On m’a alors demandé de prendre l’équipe en charge. Cette première expérience a été un véritable déclic. J’ai immédiatement ressenti beaucoup de plaisir à accompagner les jeunes joueurs et j’ai été séduit par cette mission de transmission.

Par la suite, alors que j’étais au centre de formation de la Berrichonne de Châteauroux, il nous était proposé d’encadrer les plus jeunes du club, notamment les mercredis. Je me suis investi dans cette activité avec beaucoup d’enthousiasme. Elle représentait un véritable complément à mon parcours de joueur et confirmait mon intérêt grandissant pour l’encadrement. C’est ainsi qu’a débuté, presque naturellement, mon parcours d’éducateur.

Vous débutez à St Pryvé St Hilaire, club amateur où vous êtes resté longtemps avant de tenter l’aventure dans un club professionnel, le Tours FC, où vous participez à une période marquante avec le parcours des U19 jusqu’en finale de la Coupe Gambardella en 2018. Quels souvenirs gardez-vous de cette aventure et qu’a-t-elle apporté à votre vision de la formation ? 

À la sortie du centre de formation de la Berrichonne de Châteauroux, où je n’ai finalement pas été conservé, je suis revenu dans l’agglomération orléanaise. J’ai alors intégré l’Université d’Orléans pour suivre un cursus en STAPS tout en poursuivant mon parcours de joueur au sein du Saint-Pryvé Saint-Hilaire FC. À mon arrivée, le club évoluait en Division d’Honneur (l’actuelle Régional 1). Au fil des saisons, il a poursuivi sa progression jusqu’au Championnat de France Amateur (CFA, aujourd’hui National 1). En parallèle de mon activité de joueur, je me suis rapidement investi dans l’encadrement des jeunes.

J’ai entraîné toutes les catégories, des débutants jusqu’aux U19, tout en gravissant progressivement les échelons de la formation fédérale jusqu’à l’obtention du Diplôme d’Entraîneur de Football (DEF), l’ancien DES. J’ai d’abord occupé les fonctions de responsable de l’école de football, avant de devenir responsable des équipes de jeunes et entraîneur des U19.  À 27 ans, au retour d’une rupture des ligaments croisés, j’ai choisi de mettre un terme à mon parcours de joueur afin de me consacrer pleinement au rôle d’éducateur et d’entraîneur. Cette décision a marqué un véritable tournant dans mon parcours professionnel. Après trois saisons à la tête de la formation et des U19, j’ai succédé à Reynald Pedros comme entraîneur de l’équipe première. Pendant quatre saisons, j’ai alors cumulé les fonctions d’entraîneur de l’équipe fanion en CFA2 et de responsable technique du club.

Cette période a été déterminante dans ma construction professionnelle. J’ai été fortement impliqué dans le projet sportif et la structuration technique du Saint-Pryvé Saint-Hilaire FC. J’y ai notamment côtoyé Philippe Rebot, alors responsable technique du club et un de mes anciens enseignants à l’Université d’Orléans. Son approche de la formation, son exigence et sa vision de l’organisation d’un club ont profondément influencé ma manière de concevoir le développement des joueurs et des éducateurs. Les nombreux échanges que nous avons eus m’ont énormément apporté.

Après treize années passées à Saint-Pryvé Saint-Hilaire, j’ai ressenti le besoin de relever un nouveau défi. J’ai toujours été particulièrement attiré par la formation des jeunes joueurs et c’est dans cette perspective que j’ai intégré le Brevet d’Entraîneur Formateur de Football (BEFF), formation alors sur deux ans, tout en rejoignant le centre de formation du Tours FC. Cette expérience m’a permis de découvrir le fonctionnement d’un club professionnel.

Au-delà de l’aspect organisationnel, c’est avant tout une aventure humaine que je retiens. J’ai eu la chance de travailler aux côtés d’éducateurs tels que Cyrille Carrière, Nourredine El Ouardani, Gilbert Zoonekynd, Bastien Boutet ou encore Clément Laxenaire. Tous possédaient de solides compétences techniques, mais aussi de remarquables qualités humaines. Les échanges quotidiens entre membres du staff ont nourri notre réflexion collective et renforcé notre volonté commune de faire progresser les joueurs.

Cette réussite s’est construite avec des moyens très limités. Les ressources humaines étaient réduites : aucun recruteur, pas d’analyste vidéo, l’entraîneur des gardiens n’était pas à temps plein, le préparateur physique n’était pas salarié et chaque équipe ne disposait que d’un seul entraîneur, sans d’adjoint. Ces contraintes nous obligeaient à faire preuve d’ingéniosité, d’adaptabilité et d’une solidarité permanente. Malgré ces conditions, nous partagions une même philosophie : placer le joueur, son développement et le projet de jeu au cœur du projet de formation. Les résultats sportifs n’étaient finalement que la conséquence de ces orientations, avec une idée directrice, celle que le collectif est supérieur aux individualités.

Cette période a également été marquée par un événement particulièrement douloureux avec la disparition d’un jeune du centre de formation. Ce drame a profondément touché l’ensemble du club et a renforcé les liens entre les membres du staff, les joueurs et toutes les composantes du centre de formation. Cette épreuve a renforcé nos liens et notre engagement collectif.

Le centre de formation du Tours FC s’inscrivait dans une continuité initiée par Bernard Blaquart puis prolongée par Gilbert Zoonekynd et Cyrille Carrière, notamment après le titre de champion de France U19 remporté par la génération 1996. À mon arrivée, j’ai bénéficié du travail réalisé par mes prédécesseurs auprès des générations 2000 et 2001. Lors de la première saison, nous avons terminé premiers de notre championnat U17 et participé aux play-offs, un parcours particulièrement fédérateur pour le club.

La saison suivante restera évidemment marquée par notre parcours en Coupe Gambardella jusqu’à la finale face à l’ESTAC Troyes, sous la responsabilité de Noure El Ouardani. L’ensemble du centre de formation était mobilisé autour d’un projet commun, aussi bien dans les contenus d’entraînement que dans les principes de jeu et l’accompagnement des joueurs. Au fil de la compétition, nous avons éliminé plusieurs centres de formation de référence : l’EA Guingamp en seizièmes de finale, le FC Sochaux-Montbéliard en huitièmes, puis le Toulouse FC en quarts de finale grâce à un but inscrit dans les dernières minutes. En demi-finale, nous avons dominé l’US Orléans (5-2), décrochant une qualification historique pour la finale au Stade de France.

Même si nous nous sommes finalement inclinés face à Troyes, ce parcours a démontré qu’un projet de formation stable, fondé sur des valeurs fortes, un projet de jeu partagé et une véritable cohésion de staff, pouvait permettre à une structure disposant de moyens modestes de rivaliser avec les meilleurs centres de formation français.

Avec le recul, ces deux années passées au Tours FC, menées en parallèle de ma formation au BEFF, constituent l’une des périodes les plus formatrices de mon parcours. Elles ont profondément façonné ma vision de la formation. J’y ai appris que la qualité des relations humaines, la cohérence d’un projet partagé, la réflexion collective et l’investissement quotidien peuvent compenser un déficit de moyens et permettre à une structure de rivaliser.

Après cette expérience à Tours, vous rejoignez l’US Orléans où vous êtes par la suite devenu directeur du centre de formation. Comment avez-vous vécu cette évolution d’éducateur de terrain vers un rôle de responsable de structure, et quels projets souhaitiez-vous mettre en place pour accompagner les jeunes joueurs ? 

Mon arrivée à l’US Orléans s’inscrit dans un contexte particulier, marqué par la volonté du club et d’Anthar Yahia de créer un véritable centre de formation au sein du club. Cyrille Carrière venait d’être nommé directeur du centre et j’ai rejoint le projet avec une double mission : entraîner les U17 Nationaux et assurer la responsabilité de la préformation. Quelques mois plus tard, lorsque Cyrille Carrière a intégré le staff de l’équipe professionnelle, il m’a été confié la direction du centre de formation.

Au-delà de l’entraînement, les dimensions liées à la structuration d’un club, à la méthodologie de travail et à l’optimisation des organisations ont toujours constitué une véritable source de motivation pour moi. Nous avions ainsi l’opportunité de construire un projet presque à partir d’une feuille blanche, avec une grande liberté d’action, dans la limite des moyens alloués. Notre ambition était de créer une identité forte et durable, profondément ancrée dans le territoire orléanais.

L’un des premiers objectifs consistait à renforcer les liens entre le club et son environnement local. Nous souhaitions que le recrutement s’appuie prioritairement sur les joueurs issus du département et de la région. Nous nous étions fixé des objectifs précis : intégrer environ 50 % de joueurs originaires du département du Loiret à l’entrée du centre de formation et près de 70 % issus de la région Centre-Val de Loire. Cette politique visait à limiter le déracinement des jeunes joueurs tout en valorisant le travail des clubs amateurs du territoire.

L’autre force du projet résidait dans sa cohérence globale. Nous avions la responsabilité de l’ensemble du parcours de formation, de l’école de football jusqu’à l’équipe réserve. Cette organisation nous permettait de construire une véritable continuité pédagogique entre les catégories. Des principes de jeu communs étaient définis puis progressivement enrichis en fonction de l’âge et du niveau des joueurs, afin de garantir une progression cohérente tout au long de leur parcours.

Nous avions également fait le choix de nous inscrire dans une logique de temps long. Lors du recrutement, nous préférions observer les jeunes joueurs le plus longtemps possible dans leur club d’origine avant de les intégrer au club comme au centre. L’objectif était d’éviter les recrutements précoces suivis d’échecs rapides. Une fois les joueurs intégrés, nous nous engagions à les accompagner sur plusieurs saisons, dès l’école de foot, généralement trois à quatre ans, afin de leur offrir un environnement stable, propice à leur développement sportif, scolaire et personnel. Cette philosophie s’étendait également aux relations avec les familles. Nous accordions une place importante à la communication et au suivi des parents afin de construire une relation de confiance sur la durée. Cet accompagnement constituait, selon nous, un levier essentiel de la réussite du double projet sportif et scolaire.

Dans un club comme l’US Orléans, la constitution des effectifs représente un enjeu majeur. Les jeunes talents les plus précoces s’engagent souvent tôt dans les plus grands centres de formation. Notre défi consistait donc à identifier des profils parfois moins visibles, des joueurs présentant un fort potentiel de développement à moyen terme plutôt qu’une performance immédiate. Nous cherchions également à optimiser les passerelles internes entre la préformation et la formation afin d’assurer une continuité dans l’accompagnement des jeunes. Sur le plan pédagogique, plusieurs principes structuraient notre projet. 

Le premier reposait sur la conviction que la progression passe avant tout par le jeu. Autour du projet de jeu commun, nous avions ainsi instauré un temps de jeu minimum pour l’ensemble des joueurs, dès les plus petits, considérant que l’expérience de la compétition constitue un élément indispensable de leur apprentissage. Pour cela, nous nous appuyions également sur des effectifs resserrés, car au final, peu de joueurs statistiquement atteignent le haut niveau. Pour nous, il ne servait à rien « d’empiler » les joueurs à la formation.

Le deuxième axe concernait l’individualisation du suivi, et le surclassement maîtrisé, dès lors qu’un niveau nous semblait atteint. Chaque joueur bénéficiait d’un accompagnement personnalisé prenant en compte son parcours sportif, scolaire et personnel. En ce sens, nous accordions une place prépondérante à la connaissance de soi, avec un profilage individuel sur les plans cognitif et moteur, chaque jeune possédait sa propre fiche pour individualiser sa formation. Au cœur de cette démarche figurait enfin une idée directrice : développer la compréhension du jeu. De l’école de football jusqu’au centre de formation, nous cherchions à former des joueurs capables d’analyser les situations, de prendre des décisions pertinentes et de comprendre les principes qui régissent le jeu.

Enfin, la vidéo occupait une place centrale dans notre méthodologie de travail. Elle était utilisée aussi bien pour l’analyse des principes collectifs que pour le suivi individualisé des joueurs. Chaque jeune bénéficiait régulièrement de séquences d’analyse, afin d’identifier ses points forts, ses axes de progression et de mieux comprendre ses performances en compétition. Cet outil constituait un véritable support d’apprentissage, favorisant les échanges entre l’éducateur et le joueur et permettant d’ajuster en permanence le processus de formation. L’ensemble de ces orientations traduisait une même ambition, construire un projet de formation cohérent, durable et profondément ancré dans son territoire, où la progression du joueur reposait autant sur la qualité de l’accompagnement humain que sur l’exigence des contenus pédagogiques.

Vous êtes un témoin privilégié de l’évolution du football en région Centre depuis plusieurs années. Le Tours FC, club historique du territoire qui a connu la Ligue 2 notamment entre 2006 et 2018, a perdu son statut professionnel en 2020 avant de disparaître du paysage du football professionnel. La Berrichonne de Châteauroux, pensionnaire régulier du football professionnel pendant de nombreuses années et encore en Ligue 2 jusqu’en 2018-2019, a également quitté ce niveau après sa relégation en National (aujourd’hui Ligue 3) en 2021. De son côté, l’US Orléans, que vous connaissez bien, évolue également en National depuis sa relégation de Ligue 2 en 2020. Comment expliquez-vous ces difficultés des clubs de la région Centre à se maintenir durablement au haut niveau ? Quels sont, selon vous, les enjeux structurels pour permettre à ce territoire de retrouver le niveau supérieur?

Cela reste un regard extérieur et subjectif, même si j’ai eu la chance de connaître ces trois clubs sur leur période professionnelle : Châteauroux en tant que joueur en formation, les deux autres en tant qu’éducateur de joueurs en formation. Déjà, je pense que le contexte général de notre ligue influe sur ces constats. Elle représente la deuxième plus petite ligue de France après la Corse, en nombre d’habitants, en nombre de licenciés, c’est donc un territoire restreint étant donné son vivier. Et aussi, je pense, un bassin économique et un engouement pour le football dans notre région qui reste limité.

De fait, ces trois clubs, à leur plein potentiel, peuvent s’exprimer au niveau Ligue 2. Ce ne sont pas des clubs de niveau Ligue 1. En Ligue 2, ces clubs-là, en tout cas sur les périodes que j’ai connues, ont été amenés à jouer le maintien. La problématique du maintien de Ligue 2, notamment quand vous avez un centre de formation, c’était le couperet lorsqu’on descendait en National avec 2 ans seulement de maintien du statut professionnel et toute l’incertitude liée autour et qui par effet de cascade, provoque presque une double crise, j’ai envie de dire. La crise de temps, et la crise financière.

Crise de temps parce que vous avez 2 ans pour remonter, et crise financière parce que les moyens se rétrécissent grandement. Malheureusement, ces clubs ont connu cela et dans les orientations, en tous cas, au Tours FC et à l’US Orléans, il y a des choix qui ont été faits économiquement au travers de coupes budgétaires. Alors, les économies sont bien entendu nécessaires, elles sont indispensables, mais tout est une question de dosage aussi, de proportion. Lorsque ces restrictions économiques sont trop fortes, le projet de formation, sachant que les budgets sont déjà restreints en Ligue 2, se retrouve beaucoup trop réduit pour pouvoir poursuivre une formation à mon sens cohérente et pour pouvoir maintenir le cap de la formation sur des joueurs de niveau National ou Ligue 2. Donc cette double crise est difficile à gérer.

On dépend aussi des décisions politiques des dirigeants qui font les choix, qui prennent des orientations, et à mon sens, ces clubs-là, de par leur potentiel économique restreint, ils ont encore plus besoin de la formation, d’avoir des joueurs du club qui alimentent l’équipe première, que ce soit pour compléter l’effectif, voire pour s’y imposer, réaliser une vente. Ils ont également besoin d’avoir une identité forte et de limiter les erreurs de casting sur des recrutements de joueurs qui arrivent de l’extérieur, qui viennent, qui donnent ou pas satisfaction en équipe première.

A titre personnel, les orientations sur la formation ont été beaucoup trop impactantes structurellement sur son fonctionnement. Après, il faut saluer, je pense, l’arrivée de la Ligue 3, puisque les clubs auront la possibilité d’avoir un centre de formation et cela va, je l’espère, atténuer un petit peu ces problématiques et permettre de s’accrocher davantage à la formation pour alimenter les effectifs des équipes premières.

En 2022, vous quittez le monde des clubs pour rejoindre la Ligue du Centre-Val de Loire avec des missions notamment orientées vers la détection et l’accompagnement des jeunes talents. Comment avez-vous vécu ce changement de perspective, en passant de la formation en club à une vision plus large du territoire ?

Ce changement est d’abord le résultat d’une conjoncture. À la suite de la relégation de l’US Orléans en National, les priorités du club ont été redéfinies et le projet de formation, qui voulait être un axe fort du projet club, a été sacrifié. Dans ce nouveau contexte, je n’avais plus les moyens de mener à bien mes missions ; et je n’y avais tout simplement plus ma place, j’ai décidé de quitter le club. Rejoindre la Ligue du Centre-Val de Loire, a été un choix enthousiaste et un virage dans mon parcours.

Le poste de conseiller technique m’a toujours attiré par sa polyvalence. Ce qui m’a motivé, c’est cette double dynamique : transmettre et apprendre. Former les éducateurs n’est pas une mission descendante, c’est un échange constant où les pratiques de terrain des stagiaires viennent nourrir également ma propre réflexion et me remettent en question. Au-delà de la formation, ce poste me permet d’accompagner les clubs du territoire, pour lesquels je m’appuie sur mon parcours dans des clubs variés, amateurs, semi-professionnels et professionnels.

J’ai le sentiment de pouvoir comprendre leurs contraintes et leurs besoins. Enfin, la détection est absolument indissociable de la formation. Ce sont deux étapes d’un même processus qui doivent être pilotées ensemble pour être efficaces. En poussant la porte de la Ligue, j’ai simplement eu envie de satisfaire cette curiosité professionnelle : voir comment, à l’échelle d’un territoire, on pouvait décloisonner ces expertises pour servir, plus largement, le développement du football régional. 

Être sélectionneur de l’équipe de France U17, c’est travailler avec les meilleures jeunes joueuses françaises d’une génération. Le processus d’identification des joueuses est-il le même entre une sélection U16 et une sélection U17 ? Comment évoluent les critères de détection et d’évaluation entre ces deux étapes du parcours vers le haut niveau, et qui sont les différents acteurs chargés d’évaluer ces critères : les observateurs, les cadres techniques régionaux, les clubs, les entraîneurs des sélections ?

Fondamentalement, les critères sont sensiblement les mêmes. Que nous soyons en U16 ou en U17, nous recherchons les mêmes aptitudes chez les joueuses à potentiel : la capacité à évoluer sous forte pression, celle-ci s’intensifiant naturellement avec le contexte international, une lecture fine du jeu, une maîtrise technique solide et la faculté de répéter des efforts à haute intensité. À cela s’ajoute, de façon indissociable, la vigilance sur l’état d’esprit, l’attitude et, surtout, la capacité de progression. C’est dans la finalité de la saison que la distinction se joue :

La saison U16 est une saison de suivi et de préparation. Comme il n’y a pas de compétition internationale officielle, notre objectif premier est d’affiner et d’étoffer le groupe des joueuses sélectionnables. C’est un travail de fond qui nous permet de ne pas prendre une photo à l’instant T, mais de laisser le film se dérouler en donnant du temps aux joueuses pour s’épanouir et s’aguerrir.

La saison U17 est, par définition, une saison de compétition. Avec les tours de qualification pour l’Euro et la Coupe du Monde, nous basculons vers une exigence de résultats. La compétition devient alors un axe fort de la formation : le besoin de gagner et de se qualifier agit comme un levier pour pousser les joueuses à se dépasser et à vivre des expériences formatrices de haut niveau.

Pour garantir cette cohérence, le suivi instauré est structuré en trois piliers :

  1. L’observation directe par le staff : via l’analyse vidéo des rencontres en clubs et des déplacements réguliers sur le terrain des rencontres.
  2. Le lien étroit avec les clubs : nous maintenons un échange constant avec les directeurs, entraîneurs des centres de formation, et des clubs.
  3. Le maillage national : nous nous appuyons sur l’ensemble du travail réalisé par des collègues cadres techniques du territoire et des staffs de sélections, dont les rapports d’observation croisés nous permettent d’avoir une vision la plus exhaustive possible.

L’enjeu majeur est de rester en alerte. Nous ne cherchons pas à valider ou condamner des profils sur une seule prestation, mais à maintenir un échange avec les clubs sur l’évolution des joueuses, en ayant conscience que le parcours de chacune est un processus vivant qui se construit sur le long terme. 

Le football féminin connaît une progression spectaculaire depuis plusieurs années. Quels sont, selon vous, les changements les plus marquants que vous avez observés sur le terrain ?

Le changement le plus significatif est avant tout structurel. Les clubs travaillent de mieux en mieux, les staffs s’étoffent et, grâce à l’évolution des cahiers des charges fédéraux, nous avons une montée en compétence des staffs diplômés. Cette structuration est le moteur principal de la progression technique et tactique que nous observons aujourd’hui. Un tournant décisif a été l’alignement des systèmes de formation féminins sur le modèle masculin.

J’ai personnellement encadré la génération 2008, la première à bénéficier, dès la catégorie U16, du parcours en centre de formation féminin. Couplé à l’instauration progressive ces dernières saisons des Pôles Espoirs en préformation féminine, l’objectif stratégique est simple : offrir aux joueuses un bagage individuel plus complet pour accroître la maîtrise collective et l’intensité du jeu.

Cependant, il reste des étapes majeures à franchir pour pérenniser cette dynamique :

  • L’intégration dans les clubs : la place du football féminin n’est pas encore une évidence partout sur le territoire. Elle doit être davantage ancrée dans le quotidien des structures clubs tout en permettant la mixité pour les meilleures joueuses.                                                                                                                                                                    
  • La question des moyens : c’est le défi central. Il faut permettre aux clubs d’avoir les ressources nécessaires pour faire vivre cette pratique, augmenter le nombre de licenciées et, in fine, élargir le vivier de joueuses d’élite dans les années à venir.

En somme, si la structuration du haut niveau est sur la bonne voie, l’enjeu est désormais de démocratiser et de soutenir cette progression au plus près de tous les clubs. 

Être sélectionneur national, c’est aussi préparer les joueuses au très haut niveau. Comment, de votre côté, vous préparez-vous à être encore meilleur dans votre rôle d’entraîneur ? À l’image de certains entraîneurs comme Fabien Galthié, qui cherchent à multiplier les expériences de terrain pour continuer à apprendre et s’entraîner à entraîner, quelles sont vos sources de progression, d’inspiration et de remise en question ?

Pour moi, la progression est une démarche de cohérence et je ne peux pas exiger de mes joueuses qu’elles cherchent à s’améliorer continuellement si je ne m’applique pas cette idée à moi-même. C’est un engagement naturel. Au quotidien, je me nourris de tout ce qui m’entoure : les pratiques de mes pairs, l’observation des rencontres, les lectures et, plus spécifiquement, les formations continues comme celle que j’ai suivie récemment sur les méthodologies étrangères, qui s’est avérée passionnante. Ma réflexion a profondément évolué au fil des années, portée par trois axes majeurs.

D’abord, il y a l’ouverture transdisciplinaire. Mon master recherche en entraînement et ingénierie de formation et mon début de doctorat ont été des tournants importants. Au contact d’autres disciplines sportives et scientifiques, j’ai compris qu’il ne fallait pas se cantonner au football. C’est dans cette ouverture que j’ai puisé ma capacité à faire des liens, à décloisonner les méthodes et à enrichir ma propre vision.

Ensuite, il y a le passage de la perception à la compréhension. A mes débuts, ma vision était très orientée sur la prise d’information, le fameux « voir avant de recevoir », héritage de mon parcours de joueur. La question centrale pour moi étant : comment améliorer l’intelligence de jeu du joueur et de l’équipe pour bien ou mieux jouer collectivement ?  Mais mes recherches et les entretiens d’explicitation avec les joueurs m’ont appris une chose essentielle au-delà des techniques de prises d’informations : le geste technique n’est que la conséquence de la connaissance du jeu. La capacité d’une joueuse ou d’un joueur à décider dépend avant tout de ce qu’elle a compris des rapports de force en présence, en somme de son arrière-plan décisionnel.

Transposé au contexte de la sélection nationale, où le temps est compté, cet apprentissage est devenu un axe de travail. Je m’appuie désormais sur une modélisation dynamique de « situations de référence » sur le terrain. L’objectif est de permettre aux joueuses de lire ces signaux de manière commune, afin de synchroniser les réponses individuelles et collectives.

L’enjeu est de permettre à chaque joueuse de décoder ces signaux de manière simultanée et synchronisée avec les autres. L’idée est de leur donner une véritable grille de lecture partagée. Pour y parvenir, nous travaillons sur une double articulation :

  • L’analyse collective via la vidéo : ces situations de référence sont systématiquement mises en perspective avec des extraits vidéo de nos propres séquences de match. Cela permet de rendre le concept concret et d’harmoniser notre vision.
  • La déclinaison individuelle : une fois la compréhension collective établie, mon objectif est de décliner ce projet de jeu au plan individuel. Il s’agit de faire comprendre à chaque joueuse comment ses propres choix peuvent nourrir et optimiser cette dynamique d’équipe.

Finalement, ma démarche est centrée sur la recherche de clarté. Je cherche à rendre le jeu le plus lisible possible pour que, une fois sur le terrain, les joueuses ne soient plus seulement des exécutantes, mais deviennent des actrices autonomes. Mon rôle n’est plus seulement d’enseigner des techniques, mais de les aider à interpréter les rapports de force. En tentant de clarifier la complexité du terrain, je cherche à les rendre autonomes, pour que, dès lors qu’elles se retrouvent en sélection, elles gardent cette grille de lecture, qui à mes yeux, doit servir de repères communs. 

Vous accompagnez des joueuses qui sont encore des adolescentes mais qui doivent déjà répondre aux exigences du très haut niveau. Comment trouvez-vous l’équilibre entre la performance sportive, la scolarité, la construction personnelle et une exposition médiatique qui peut être de plus en plus importante ?

Le « double projet » n’est pas seulement une nécessité réglementaire, c’est un pilier fondamental. Accompagner ces jeunes joueuses sur le plan scolaire est une priorité. Ce bagage est un atout indispensable, que ce soit pour sécuriser leur avenir si le parcours sportif professionnel ne se concrétise pas, ou pour faciliter leur future insertion dans la vie active après leur carrière.

Au-delà de l’aspect sécuritaire, je suis convaincu que la rigueur scolaire structure les apprentissages, la capacité d’attention et la méthode de travail. Ce sont des facultés que l’on retrouve directement sur le terrain, une joueuse capable de structurer sa pensée apprendra toujours plus vite et progressera mieux, à mon sens. Très concrètement, un référent scolarité est intégré dans chaque staff, en lien direct avec les clubs d’origine, et nous sanctuarisons des créneaux d’étude quotidiens lors de chacun de nos rassemblements. Dans le contexte de compétition internationale, l’enjeu est de vivre pleinement la compétition tout en restant connectée à sa réalité, dont les études font partie intégrante.

Le second volet concerne l’épanouissement personnel et la confiance en soi, notamment à travers la prise de parole en public. C’est un axe de travail clé. Nous procédons par étapes, en commençant par des échanges en sous-groupes restreints, par lignes ou en miroir pour amener progressivement les joueuses à s’exprimer devant le collectif.

Mon observation, bien que personnelle, est que les jeunes filles ont davantage besoin d’être accompagnées sur ce terrain-là pour prendre leur place au sein d’un groupe, comparativement à leurs homologues masculins qui, par nature ou par construction sociale, semblent parfois plus enclins à s’affirmer spontanément. Accompagner cette montée en confiance, les aider à oser s’exprimer, c’est aussi leur donner les clés pour devenir des actrices autonomes et leaders sur le terrain. 

Avec votre expérience de formateur en club, de directeur de centre de formation puis de sélectionneur national, quel regard portez-vous aujourd’hui sur le modèle français de formation ? La France reste-t-elle une référence au niveau international et sur quels aspects doit-elle encore progresser pour continuer à former les joueuses et les joueurs de demain ?

Dans un premier temps, la force du système français réside, à mon sens, dans sa structuration exemplaire. L’articulation entre les Pôles Espoirs, les centres de formation, les sections sportives et un maillage territorial très fort grâce aux collègues conseillers techniques départementaux et régionaux, constitue le socle de notre réussite. Cette organisation, claire et hiérarchisée, permet une identification efficace des potentiels. Elle est d’ailleurs devenue, au fil des années, une source d’inspiration pour de nombreuses nations étrangères.

Au-delà de cette organisation, la richesse de la formation française tient paradoxalement à l’absence de modèle unique. Contrairement à d’autres nations comme l’Espagne qui prônent un style de jeu très identifié, nous cultivons une grande diversité de projets et donc de profils. Cette variété, présente à tous les postes, fait aujourd’hui de la France l’un des premiers pays exportateurs de joueurs formés au monde, une position autrefois occupée par le Brésil.

Les récentes performances de notre équipe nationale masculine illustrent cette abondance de talents, tant en qualité qu’en quantité, et en font une référence au niveau international. Cependant, le défi majeur aujourd’hui est de maintenir ce temps d’avance. Le niveau mondial s’est harmonisé, les « petites nations » travaillent, progressent, et les matchs internationaux sont devenus extrêmement disputés. Pour conserver notre dynamique, nous pouvons potentiellement rester vigilants sur trois axes :

  • L’attention dans le processus de détection : nous devons rester en alerte pour identifier les talents qui émergent en dehors des systèmes traditionnels, ou plus tardivement dans leur maturation.
  • La notion d’équipier : une équipe n’est pas simplement une accumulation de talents individuels. Nous devons valoriser les joueurs « équipiers », ceux qui, par leur état d’esprit et leur compréhension du jeu, leur jeu sans ballon, permettent de bâtir un projet collectif plus fort encore. C’est la force des groupes qui avancent ensemble qui fait, in fine, la différence.
  • L’innovation permanente : Nous ne pouvons pas nous contenter de nos acquis. Le haut niveau exige une innovation constante dans le suivi et l’accompagnement des joueurs.

En résumé, la France est une nation forte et reconnue, mais je ferais une distinction entre le monde masculin et féminin, où de plus, un axe de développement reste à mobiliser. Aussi, l’avenir dépend, à mon sens, de notre capacité à renforcer cette dimension collective et cette agilité dans nos processus de formation, pour continuer à faire émerger non seulement des joueurs exceptionnels, mais aussi des équipes capables de dominer. 

On observe aujourd’hui une présence importante de techniciens français à l’étranger, à la tête de clubs ou de sélections nationales, notamment en Afrique, en Europe ou au Moyen-Orient. Dans un Mondial où les écoles française, espagnole, portugaise ou argentine sont très représentées parmi les entraîneurs, pensez-vous qu’il existe aujourd’hui une véritable école française du coaching et quelles sont, selon vous, les qualités qui caractérisent un technicien français ? 

Je pense que le succès des joueurs formés en France avec près de 99 joueurs sur  1248  lors de ce Mondial, ce qui en fait la nation la plus représentée, est indissociable de la qualité de ceux qui les encadrent. Cette puissance de formation, qui s’appuie sur des éducateurs, des entraîneurs et des directeurs de structures de haut niveau, prouve que nous disposons en France d’un savoir-faire reconnu.

Pour répondre à votre question, je ne dirais pas qu’il existe un « modèle unique » à la française, rigide et dogmatique. Au contraire, la force de notre système réside dans sa diversité. En France, une marge de manœuvre et une autonomie qui permettent à chaque éducateur de construire sa propre singularité, sa propre méthodologie, en fonction de son environnement sont possibles. C’est cette liberté qui génère une grande variété de profils, tant chez les joueurs que chez les entraîneurs. Si je devais caractériser le technicien français, je mettrais en avant deux atouts majeurs.

Une base solide et polyvalente avec notre formation nous confère une base technico-tactique très structurée, qui nous rend particulièrement souples et adaptables. Qu’il s’agisse de s’ajuster à un contexte local, à un système tactique ou à un style de jeu particulier, l’éducateur français sait faire preuve de résilience et de pragmatisme.

Mais également une grande capacité d’adaptation. On entend souvent dire que l’entraîneur français « s’exporte mal », une critique souvent liée à la barrière de la langue, à l’inverse de nos confrères espagnols ou portugais. Pourtant, cette Coupe du Monde vient nuancer ce constat, conjointement à l’élargissement à 48 qualifiés : avec un nombre record de cinq sélectionneurs français sur la compétition, cela illustre que l’expertise française est aussi recherchée et valorisée à l’international.

En somme, je dirais que le technicien français n’est pas un adepte d’une méthode unique et figée. Il est, par définition, un profil adaptable, pragmatique, qui cherche l’efficacité, en étant capable de puiser dans une formation solide pour s’ajuster aux exigences des différents terrains mondiaux. 

Est-ce que la rigueur du système français avec ses quotas et ses exigences d’accès aux diplômes UEFA A ou Pro constitue un frein au rayonnement international des éducateurs tricolores ? 

Il est vrai que le système français a la réputation d’être particulièrement sélectif et exigeant comparativement à d’autres nations. Sans avoir une vision exhaustive des politiques étrangères, il est indéniable que le cursus hexagonal impose un parcours expérientiel long et dense, tout particulièrement pour ceux qui n’ont pas évolué en tant que joueurs professionnels. Même si la sélection est rude, de plus en plus en de coachs amateurs accèdent au BEPF ces dernières saisons.

Pour accéder au plus haut niveau, il faut souvent gravir les échelons sur une période étendue, en accumulant une solide expérience terrain en club, ce qui limite peut-être l’émergence au plus haut niveau de jeunes entraîneurs comme nous avons pu déjà l’observer en Allemagne avec Julian Nagelsmann par exemple.  Des exceptions notables existent, à l’image du parcours de Pierre Sage, montrant que l’accès au statut d’entraîneur de haut niveau reste un cheminement difficile, mais possible, lui-même étant passé par la voie de la VAE.

Si cette exigence garantit une base de formation extrêmement solide, et participe à sa reconnaissance à l’étranger, il est légitime de s’interroger, comme vous le faites, sur l’impact de ces processus de sélection à l’entrée en formation

Peut-être que cet encadrement strict limite, en effet, la diversité des profils et des parcours, ce qui pourrait mécaniquement freiner l’exportation du savoir-faire français. Dans le même temps, il y a également de plus en plus d’entraîneurs étrangers sur les bancs de Ligue 1, ce qui montre le caractère ouvert de ces réseaux, pour peu d’entraîneurs français sur la scène européenne en club. Il faudrait des statistiques sur le nombre d’entraîneurs français et étrangers en poste en Europe ou ailleurs, au prorata du nombre de formés par pays pour se faire une idée plus précise, probablement. N’ayant personnellement pas connaissance de toutes les contraintes qui peuvent amener à ces orientations, je pense que le débat reste ouvert car dans le même temps, le nombre de postes à pourvoir n’est pas extensible chaque saison.

Si vous deviez transmettre un seul conseil à un jeune éducateur, quel serait-il et quelle ambition vous anime aujourd’hui ?

Si je devais partager une conviction, elle tiendrait en un mot : l’ouverture. Le football est une activité humaine par essence, évoluant dans un environnement qui change sans cesse. Le jeu lui-même ne reste jamais figé, les tendances changent régulièrement. Mon conseil, que je m’applique à moi-même quotidiennement, est de ne jamais croire à une vérité absolue sur le football.

J’aime beaucoup cette pensée de Goethe : « On ne sait que lorsqu’on ne sait peu, avec le savoir croît le doute ». Cette phrase me plaît beaucoup. En effet, lorsque l’on creuse un sujet on se rend compte au travers de l’apprentissage que l’on ne savait pas grand-chose précédemment, ce que je trouve particulièrement enrichissant. Elle m’incite à la remise en question, à ne rien prendre pour acquis et à remettre constamment en question mes outils et ma pédagogie, à vouloir continuellement faire mieux et m’améliorer pour mieux faire progresser, à rester curieux.

Pour progresser, il faut cultiver cette soif d’apprendre. Il faut s’alimenter de nouvelles démarches, explorer des idées différentes, et surtout s’adapter à chaque individu. Plus j’avance, plus je réalise que la profondeur de l’apprentissage nous montre simplement tout ce qu’il nous reste à découvrir. C’est précisément ce qui m’anime aujourd’hui : la progression. Celle des groupes qui sont sous ma responsabilité, qui passe par la mienne afin de leur permettre d’avancer au mieux et au plus haut.

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