Transition défensive et systèmes dynamiques

Proposition théorique d’Olivier Alberola (NOSOTROS), responsable de la méthodologie du Red Star FC.

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L’idée de cette proposition, n’est pas de donner des réponses ou de discuter cette théorie des systèmes dynamiques, mais de tenter de l’appréhender afin de prendre conscience de ces systèmes pour observer la façon dont nous pouvons réagir face à ce genre de phénomènes dans le football.

Dans une première partie, nous définirons d’un point de vue théorique les concepts de synergie et de contrainte, auxquels nous ajouterons la notion de « affordance ». Puis, nous illustrerons en images les notions abordées pour donner un aspect plus concret à notre propos en les reliant à cette approche de l’entrainement.

Théorie des Systèmes Dynamiques (TSD), une théorie de plus ?

Dans un environnement aussi complexe que le football, l’idée est de savoir comment ces phénomènes complexes, composés d’une multitude d’éléments connectés entre eux peuvent réagir de façon très vive et très diverse, puisqu’ils sont par nature très sensibles aux variables de l’environnement.

Nous pouvons être désorientés face à ce genre de phénomènes, c’est pourquoi il est intéressant d’essayer d’appréhender leurs grands principes afin d’intervenir au mieux sur le terrain des systèmes complexes. Notre défi en tant que technicien est de mieux comprendre les joueurs, leur environnement et le jeu ainsi que leurs relations réciproques.

« La science est un défi constant au bon sens »

— Carlo Rovelli

Lorsqu’un entraineur est interrogé sur ses méthodes d’entrainement, bien souvent l’argumentation repose sur l’expérience qui donne autorité à un technicien considéré comme une référence. Très souvent, plus que l’expérience c’est l’intuition qui domine dans le domaine de l’entrainement sportif.

La science elle-même part d’une intuition mais elle a l’avantage d’essayer de corroborer son intuition avec des données scientifiques et une rigueur qui va au fil du temps devenir une science acceptée de tous, ainsi va l’avancée de la science et de la connaissance.

Il est nécessaire de changer le paradigme, notamment pour ceux dont la responsabilité est de choisir les joueurs comme pour ceux qui sont en charge de planifier et de structurer l’entrainement, afin que les séances deviennent facilitatrices pour le joueur dans l’expression de son plus haut niveau.  

En ce sens, une approche d’intégration dynamique et non linéaire de l’entrainement Balagué, Torrents, Pol, Seirul-lo (2014), devrait être privilégiée parce qu’il est difficile d’expliquer et de prévoir toutes les interactions adverses dans des contextes spatio-temporels changeants Davids, Button et Bennet (2008); Vázquez, Balagué et Hristovski (2011).

L’émergence spontanée de nouvelles coordinations efficaces qui caractérise l’essence même d’un match de football est un exemple classique d’intégration non linéaire et peut s’expliquer de manière satisfaisante par le processus d’auto-organisation Hristovski, Davids, Araújo, Passos (2011). En effet, la dimension émergente et non linéaire des actions tactico-techniques d’un match de football, n’est pas prise en compte dans la plupart des méthodes d’entrainement actuelles.

Afin de favoriser l’émergence d’une synergie collective, notre illustration portera sur la réaction rapide à la perte du ballon pour réduire au maximum l’espace-temps de l’adversaire et favoriser la récupération du ballon dans les meilleures conditions. En  ce sens, il peut être intéressant de respecter un certain nombre de principes associés à cette approche.

La Théorie des Systèmes Dynamiques (TSD), apparait comme une révolution scientifique, à l’image d’un parapluie qui va emprunter des rames de différentes sciences, pour mieux comprendre les phénomènes du football, empruntant certains champs de la biologie et de la physique.

Normalement il n’y a pas de réels échanges entre sciences mais dans la biologie cette théorie fonctionne pour appréhender ces systèmes complexes pas uniquement comme des systèmes statiques, mais comme des systèmes dynamiques, en perpétuelle évolution. En ce sens, la Théorie des Systèmes Dynamiques (TSD), apparait non pas comme une théorie en plus, mais davantage comme une théorie en parallèle.

Qu'est-ce qu'une synergie ?

Les synergies sont définies comme des regroupements fonctionnels d’éléments qui agissent comme une unité cohérente (Kelso, 2009). Elles se forment à différentes échelles (de la molécule à l’interpersonnel) et nous permettent d’aborder le comportement dans une perspective de coordination, en réduisant sa dimensionnalité.

Elles émergent spontanément de l’interaction entre leurs composantes et par la tendance des êtres vivants à s’organiser et à s’ordonner, ce qui caractérise leur adaptabilité, leur stabilité et leur flexibilité (Latash & Lestiene, 2006). Ils se forment et évoluent selon le principe de l’auto-organisation, qui permet l’émergence de solutions efficaces et efficientes dans des environnements changeants de manière spontanée, c’est-à-dire sans avoir besoin de programmes ou d’ordres externes ou internes (Kelso,1995).                     

En d’autres termes, une synergie, c’est un partage, une convergence, comme une solution collaborative qui émerge de l’interaction de l’environnement et d’une caractéristique temporelle, qui peut aller de la milliseconde à la cosmologie.

Dans une équipe de football, une synergie implique une interaction avec l’environnement et peut se révéler positive pour notre équipe et négative pour l’équipe adverse, elle dépend non seulement de l’équipe, mais aussi de ses propriétés, de ses caractéristiques.

Dans une équipe de football, une synergie dépendra des caractéristiques individuelles des joueurs, des caractéristiques collectives de l’équipe et bien entendu du contexte, mais plus encore de la dynamique du contexte, puisque la nature même de l’adversaire, ses propres synergies permettront ou pas, l’émergence de synergies possibles

Fig1. Imaginons le joueur ou la joueuse de football comme la cellule d’un organisme

Qu'est-ce qu'une contrainte ?

Les contraintes sont toutes les variables qui exercent une pression ou une influence sur le comportement du joueur et/ou de l’équipe. Ils ont été classés en 3 types (organisme, environnement et tâche) malgré leurs multiples interconnexions (Davids et al. ; 2008).

– Les contraintes individuelles comprennent : le génotype, les capacités physiques ou cognitives, les motivations, les émotions, etc.

– Les contraintes environnementales font référence à la famille, à l’environnement social et culturel, au temps, au résultat et au moment du jeu, etc.

– Les contraintes de la tâche aux règles qui s’appliquent au matériel utilisé, les mesures du terrain, les dimensions du ou des buts, la distance à laquelle ils se trouvent, le nombre de joueurs, etc.

Fig 2. Adaptation des compétences à l’interaction des contraintes

L’action, et la cognition, émergent par l’interaction des contraintes au sein d’un paysage dynamique d’attracteurs, de possibilités d’action. Selon la perspective écologique et dynamique, la complexité des interactions entre le joueur et l’environnement produit l’émergence de comportements stables mais variables.

Les comportements de Messi, Busquets, Rakitic, mais aussi ceux de joueurs plus éloignés, nous les aborderons un peu plus tard, peuvent étayer l’hypothèse qu’une synergie soit un phénomène émergent en réponse à l’adaptation perpétuelle des joueurs aux opportunités d’agir comme peut le définir l’approche écologique dynamique. De plus, le couplage des joueurs en tant que degré de liberté indépendant dans l’émergence de cette synergie est basé sur des systèmes de perception-action dans un contexte où la perception de l’affordance est collective et partagée.

Qu'est-ce qu'une affordance ?

Il s’agit d’une possibilité d’action disponible dans notre mode de vie, dans un lieu donné ou des possibilités offertes à un individu dans une situation particulière liée à l’ensemble des compétences disponibles pendant la pratique. (Bruineberg & Rietveld, 2014).

Un autre point de vue, considère qu’une affordance peut également être considérée comme un peu plus qu’une possibilité d’action, mais davantage comme une « invitation » à l’action que l’on peut décider d’accepter ou de rejeter en fonction de son attrait à un moment donné ou d’une situation donnée (Withagen et al., 2012).

Disons qu’au fil du temps, des rencontres et des lectures je suis de moins en moins convaincu par cette notion d’affordance et de la recherche d’invitation ou de possibilités dans l’environnement pour se mettre en mouvement. Je crois davantage à une forme de couplage asymétrique où l’environnement offre des invitations et qu’en même temps nous agissons pour agencer notre environnement pour qu’il devienne plus favorable en termes d’invitations, voire d’opportunités d’agir à saisir dans un monde qui nous est propre. Le débat reste ouvert …

Etude de cas d’une synergie collective

Exemple de synergie collective lors du match de la Ligue des champions de l’UEFA 2018/2019 entre Tottenham et le FC Barcelone. La synergie retenue est celle de l’équipe du FC Barcelone et la réaction collective à la perte du ballon pour réduire au maximum l’espace et le temps disponible de l’adversaire et récupérer le ballon dans les meilleures conditions possibles.

Fig 3. Structure de l’équipe juste avant la perte du ballon

Pour bien comprendre la synergie, il est nécessaire de décrire comment le système équipe est organisé comme un système stable pour les joueurs catalans. Cette stabilité peut être caractérisée par un indice: tous les joueurs Blaugranas (ou presque) se déplacent vers le but à attaquer. A l’inverse, les Spurs situés derrière le ballon sont orientés vers leur but y compris ceux du rideau transversal profond.

Fig 4. Structure de l’équipe juste avant la perte du ballon

Au moment de la perte du ballon, nous pouvons voir comment le système stable du FC Barcelone semble devenir soudainement instable. Ce niveau d’entropie (terme emprunté à la thermodynamique, qui caractérise le niveau de désorganisation ou d’imprédictibilité d’un système) offre des conditions favorables pour l’équipe de Tottenham, avec 3 joueurs blancs en position d’attaque, alors qu’au même moment 6 joueurs barcelonais sont au-delà de la ligne bleue, symbolisant ici le fait qu’ils sont éliminés, en tout cas ponctuellement.

Cependant, le système équipe FC Barcelone va démontrer sa capacité à passer rapidement d’un attracteur à un autre (multi stabilité). Les joueurs restent globalement coordonnés et fonctionnels malgré la perturbation (passe ratée de Piqué), démontrant ainsi une forme de métastabilité.

Les synergies et contraintes émergentes ainsi que le concept de paysage des possibilités d’action, c’est-à-dire l’interrelation des possibilités d’action, nous permettent de comprendre l’émergence de comportements à différents niveaux de l’organisation du système (Ric, A., Torrents, C., Gonçalves, B., Sampaio, J., & Hristovski, R. (2016), et d’observer sous un angle différent comment cette synergie se produit.

Comme illustré dans les 4 images ci-dessus et comme le suggèrent Lopez-Felip et Turvey (2017), trois zones fonctionnelles apparaissent en fonction de la position des joueurs par rapport au ballon. La ligne rouge incurvée indique les joueurs se trouvant dans une zone d’intervention immédiate en raison de leur courte distance par rapport au ballon et la possibilité d’intervenir directement sur le ballon.

La ligne orange indique une zone d’assistance mutuelle avec les joueurs des zones d’intervention et une ligne bleue indique une zone de coopération avec les autres zones en raison de leur distance importante par rapport au ballon Maurici A. López-Felip. (2017). 

Courte échelle et coordinations motrices de quelques millisecondes

Une synergie implique une interaction avec l’environnement favorable à notre équipe et défavorable à l’équipe adverse. Elle est aussi dépendante des propriétés et des caractéristiques intrinsèques de l’équipe et réciproquement.

Les contraintes individuelles impliquent différents éléments comme le génotype, les capacités physiques ou cognitives, les motivations, les émotions, etc.  De manière très personnelle, dès la perte du ballon, Lionel Messi maintient sa position et protège son espace proche en modifiant l’orientation de son corps en fonction du déplacement de Lucas Moura, lui empêchant l’accès à la zone du ballon et influence probablement la qualité du contrôle de Moura.

En outre, sa capacité à changer de direction très rapidement en réponse à un stimulus Nimphius et al. (2017) lui permet de tirer profit de la situation, voire d’en prendre le contrôle.

De manière très différente, Busquets et ses caractéristiques physiques (Synergie = affordance partagée à cette séquence), avec notamment sa faible capacité à couvrir l’espace dans son dos l’oblige à réagir très vite pour devancer son adversaire, et couper à la « racine » toute opportunité adverse mettant ainsi à profit toute son expérience du jeu et de ses situations pour anticiper.

Quant à Rakitic (Synergie = affordance partagée à cette séquence), il propose encore, une autre forme de synergie également contrainte par ses compétences, liée davantage à la compensation et à l’équilibre des espaces pour réduire les opportunités adverses.

Les différentes échelles temporelles des contraintes influencent les joueurs et les équipes, leurs coordinations préférentielles configurées par leurs caractéristiques individuelles et leur(s) expérience(s) antérieure(s), définissent leurs attracteurs naturels et conditionnent le développement de leurs capacités motrices Kelso (1995); Oullier & Kelso (2009).

Dans cette action, ce qui est également frappant, c’est une forme d’agilité supérieure des joueurs du FCB par rapport aux joueurs de Tottenham, leur capacité à agir collectivement et de manière fonctionnelle (synergie) en réponse à un stimulus commun (partage des moyens).

Obtenir cette forme de supériorité collective est probablement le résultat d’une intégration spontanée (non programmée) des synergies, Balagué. N, Torrents.C, Pol.R,, Seirul-lo. (2014) au sein du processus d’entrainement. Le staff technique tient compte de la non-linéarité du processus Jirsa, Friedrich, Haken, Kelso (1994).

Il faut bien garder à l’esprit que les mêmes charges d’entraînement auront des effets différents selon le moment de la saison, ce qui explique en partie pourquoi les joueurs alterneront des périodes de stagnation apparente avec des évolutions soudaines elles-mêmes différentes selon les joueurs.

Ces mêmes charges d’entrainement produiront des effets différents selon le contexte dans lequel elles sont appliquées Hristovski. R et al. (2010). A très court terme, au sein même d’une situation d’entrainement, de petites modifications de certains paramètres de contrôle tels que la distance entre les joueurs, les dimensions ou la forme du terrain, peuvent entraîner des changements radicaux et non proportionnels d’un point de vue qualitatif dans les synergies individuelles ou groupales.

L’intention de récupérer très vite le ballon, un fil rouge à l’échelle du match

Il est essentiel d’appréhender l’entrainement à différents niveaux d’analyse Balagué. N, Torrents.C, Pol.R, Seirul-lo. F ; (2014) en s’entrainant dans des contextes variables, les synergies génèrent des attracteurs et favorisent l’émergence de nouvelles synergies qui s’appuient elles-mêmes sur les précédentes.

L’acquisition de nouvelles synergies se fait de manière totalement corrélée, de sorte que certaines sont intégrées à d’autres en formant des sous-attracteurs au sein des attracteurs. Il est essentiel pour l’entraineur, l’éducateur de prendre en compte l’organisation hiérarchique de ces synergies lorsque l’on aborde le processus d’apprentissage d’un sport et que l’on fixe des objectifs dans l’entrainement Hristovski. R et al. (2011).

Par exemple, sur la réaction à la perte du ballon, sous certaines contraintes, différents types de réactions à la perte vont émerger, qui à leur tour peuvent être réalisées avec une multitude de variantes lorsqu’elles sont adaptées dans différentes zones du terrain, selon différents scénarios du match.

Lionel Messi préfèrera faire un effort intense et bref, adaptées à ses qualités intrinsèques, pour ensuite disposer de toute son énergie quand il a l’occasion d’attaquer. Inversement, mais de manière complémentaire, Busquets voudra « tuer dans l’œuf » toute opportunité liée à la perte du ballon qui pourrait être un élément d’instabilité de son équipe, quand lui veut garantir la stabilité de son équipe par le contrôle « absolu » du ballon.

Ivan Rakitic, un peu à la croisée des chemins évoluera comme un compensateur, garant de la stabilité. Autant d’éléments qui poussent ces 3 acteurs à favoriser l’émergence d’une supériorité numérique, d’autant plus précieuse dans cette zone du terrain (couloir central) où les positions « menaçantes » se font et se défont en un éclair.  

Une synergie implique une interaction avec l’environnement, les contraintes individuelles et notamment les émotions et les motivations profondes de chaque individu influencent la nature des interactions.

La grande échelle de la motivation collective

La réussite individuelle dans le jeu collectif est contextuelle et intimement liée à ce jeu collectif car il existe une relation causale circulaire, l’expression collective contraint les actions individuelles qui elles-mêmes façonnent et nourrissent le jeu collectif Balagué & Torrents, (2011); Pol (2011).

Nous pouvons ici observer, au niveau de l’échelle collective comment l’interaction des différents membres d’une équipe va permettre l’émergence spontanée des synergies qui se forment grâce aux principes d’intégration dynamique et non linéaire.

Appréhender ces principes représente un grand défi pour les méthodes d’entrainement des sports collectifs, qui supposent généralement l’existence d’une intégration linéaire et sommative. Or, des propriétés et des comportements collectifs vont émerger des équipes sans qu’il soit possible de les expliquer par les caractéristiques des joueurs, puisque justement ces comportements émanent de leurs interactions.

Nous avons d’ailleurs en France, le parfait exemple contraire dans la non émergence de comportements collectifs malgré les caractéristiques individuelles incroyables de certains joueurs …

Cet aspect est décisif, quoi qu’on en dise, une équipe rapide et réactive à la perte du ballon n’est pas obligatoirement formée de joueurs rapides comme une équipe agressive à la perte du ballon ne sera pas forcément composée de joueurs très agressifs.

Il est intéressant d’envisager les synergies collectives en étroite interaction avec le développement des synergies individuelles pour accroître l’efficience du processus d’entrainement. Par exemple, Busquets lors de la saison 2016/2017 au FC Barcelone, a récupéré un grand nombre de ballon, notamment à l’aide d’interceptions avec le FCB, ce qui a été beaucoup moins vrai avec la sélection nationale espagnole.

Ici, les comportements et les déplacements synchronisés de presque tous les joueurs du FC Barcelone convergent, par des courses diagonales pour réduire l’espace-temps dont dispose l’équipe de Tottenham.

Ici, il est possible d’observer la synergie en mettant le focus sur les 3 joueurs dans l’espace d’intervention. L’émergence d’une supériorité numérique et probablement qualitative permet de réduire l’espace et le temps disponible pour toute initiative de l’équipe adverse, en limitant sa recherche de vitesse et l’utilisation des espaces qui auraient pu s’exprimer (les flèches rouges dans l’image ci-dessous).

A ce moment du match et au regard du score favorable pour l’équipe visiteuse, chez un concurrent direct lors de cette deuxième journée de phase de poule de cette compétition de ligue des champions 2018/2019. La suite de la compétition verra cette redoutable équipe de Tottenham, atteindre la finale de la compétition. La perspective de poursuivre l’aventure dans cette compétition européenne jusqu’au printemps reste un objectif important pour le club.

Le FCB démontre, ici, sa propension à faire émerger ses propres synergies collectives, surtout dans ces moments de réversibilité où le ballon, le temps de moments suspendus n’appartient à personne.

Or, dans un espace-temps très instable entre 2 attracteurs, il est essentiel d’identifier des réponses efficientes aux paramètres de configuration des adaptateurs de par leur flexibilité et leur adaptabilité (Seifert et Al, 2012).

Sur la grande échelle du temps, les valeurs du club sont ne sont pas négociables.

Sur cette échelle, on peut observer comment les valeurs du club sont portées dans le jeu, par la volonté farouche de défendre en avançant et récupérer le ballon le plus vite possible et dans les meilleures conditions possibles pour ensuite en profiter.

En fait, récupérer le ballon permettra à l’équipe de s’organiser en utilisant le ballon, permettant aux joueurs d’utiliser la balle comme puissant levier de stabilité du système, s’offrant aussi les meilleures conditions possibles d’expression tout dégradant les conditions d’expression de l’adversaires en lui offrant des contextes aussi instables que possible.

Ces principes d’intégration à différentes échelles de temps sont essentiels dans l’entrainement, notamment dans l’identification de l’échelle ciblée sur l’atteinte des objectifs afin que la manipulation des contraintes soit cohérente.

Conclusion

Envisager l’entrainement dans une perspective d’intégration dynamique et non linéaire devrait viser l’intégration non consciente (Balagué, Torrents, Pol, Seirul-lo, 2014). En d’autres termes, il est préférable que l’entraînement soit principalement implicite plutôt qu’explicite, c’est-à-dire basé sur les contraintes de la tâche plutôt que les consignes de l’entraîneur ou la manipulation de l’intention des joueurs (Balagué & Torrents, 2011).

Dans une recherche d’efficacité et d’autonomie des joueurs durant les matchs, en particulier dans un moment aussi sensible que la réaction à la perte du ballon, il faudrait éviter les consignes favorisant le couplage intention-action ou instruction-action au lieu du couplage perception-action.

L’entraîneur devra configurer une modulation adéquate des contraintes favorisant de nouvelles synergies sans exiger des comportements de façon explicite (Pepping, Heijmerikx, & De Poel, 2011 ; Pinder et al., 2012 ; Torrents, Hritovski, & Balagué, 2013). En plus d’accroître l’autonomie du joueur, il a été démontré que l’apprentissage implicite assure une meilleure rétention, une meilleure gestion de l’anxiété et une meilleure adaptation au changement (Liao & Masters, 2002 ; Masters, 1992).

La manipulation des contraintes, représente un enjeu majeur, d’autant qu’elles s’ajoutent et interagissent les unes avec les autres dans les situations d’entrainement afin d’orienter l’émergence de nouvelles synergies. L’identification des paramètres de contrôle sera essentielle pour accroître l’efficience de l’entrainement (paramètres de contrôle : représentation mathématique des contraintes ou du contexte dans lequel le système est immergé).

Les paramètres de contrôle, peuvent être spécifiques lorsqu’ils ont la même nature informative que la caractéristique du mouvement (par exemple, une instruction ou une intention spécifique à une tâche) et non spécifiques lorsqu’ils ont une nature informative différente (par exemple, la vitesse ou la distance) (Davids et al., 2013).

Enfin, cette approche de l’entrainement proposera, à travers ce principe, une approche très différente de celle de l’entrainement traditionnel puisqu’elle est axée sur la sensibilité des joueurs et les pousser aux limites de leurs actions plutôt qu’à la bonne exécution de gestes ou déplacements (Barsingerhorn et al., 2013).

« Plus tu me contraints, plus je me libère »

— Niccolò Paganini

La mise en œuvre de cette approche implique l’acquisition de nouvelles compétences chez les entraineurs, notamment l’idée de céder le contrôle et finalement du pouvoir au profit de l’autonomie des joueurs (Sebastiani & Blázquez, 2012).

Cette condition est essentielle pour favoriser l’émergence d’une synergie à la perte du ballon, d’autant qu’aucune situation ne sera identique. Cette approche de l’entrainement différente de celle de l’entrainement traditionnel est axée sur la sensibilité des joueurs pour les pousser aux limites de leurs actions plutôt qu’à la bonne exécution de gestes ou déplacements (Barsingerhorn et al., 2013).

L’action motrice n’est pas détachée de son contexte, elle est considérée comme une synergie entre l’exécutant et l’environnement, c’est-à-dire comme le résultat de la coordination ou du couplage entre la dynamique de la tâche et la dynamique intrinsèque des joueurs, de l’équipe.

Les concepts de coopération et de concurrence entre ces dynamiques, expliqueront les progrès et les difficultés dans l’entrainement de nouvelles synergies (Balagué, Torrents, & Pol, 2012). Lorsqu’il y a coopération entre la dynamique intrinsèque et la dynamique des tâches, il sera relativement facile d’acquérir une compétence, alors qu’en cas de concurrence, l’acquisition sera plus difficile.

En ce sens, réduire les instructions, les consignes et les remplacer par la mise en place de contextes qui favorisent certains comportements attendus et limitent ceux qui ne sont pas pertinents, comme c’est le cas dans les situations de simulation préférentielle semble être une approche pertinente (Seirul-lo, 1987).

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Références

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